"Le soin qu’on doit avoir pour les morts ",
livre de l’évêque saint Augustin (2-4 et 18)
Le soin des funérailles, la qualité
de la sépulture, la pompe des obsèques sont davantage
une consolation pour les vivants qu’un secours pour les morts,
Et cependant, il ne faut ni mépriser, ni négliger les
corps des défunts, - surtout ceux des justes et des fidèles
–, dont l’âme s’est saintement servie comme
d’organes et d’instruments pour toutes les œuvres bonnes.
Et si déjà le vêtement d’un père, son
anneau ou un objet de ce genre sont d’autant plus chers aux enfants
que leur affection est plus grande envers leurs parents, les corps mêmes,
en aucune manière, il ne faut les mépriser. Ne les portons-nous
pas beaucoup plus familièrement plus étroitement unis
à notre être que n’importe quel vêtement? Ils
ne sont pas surajoutés, tel un ornement ou un appui extérieurs.
Ils appartiennent à la nature même de l’homme. C’est
bien pour ce motif qu’une piété attentive veille
avec tant de soin aux funérailles des anciens justes, à
la célébration de leurs obsèques, à la préparation
des sépultures. Eux-mêmes d’ailleurs, de leur vivant,
ont recommandé à leurs fils le soin de leur sépulture
ou même le transfert de leurs corps.
L’affection de celui qui se souvient et qui
prie est témoignée aux défunts par les fidèles
qui leur étaient les plus chers. Il n’est pas douteux qu’elle
ne soit utile à ceux qui, tandis qu’ils vivaient dans un
corps, se sont rendus dignes d’un tel hommage. Supposons cependant
qu’une nécessité urgente ait rendu l’inhumation
impossible ou encore qu’il n’ait pas été possible
de porter les corps en terre bénite, il ne faudrait pas pour
autant omettre les supplications pour les âmes des défunts.
Cette prière, l’Église la prend en charge et même
lorsqu’elle tait leur nom, elle inclut dans sa commémoration
tous ceux qui sont décédés dans la communauté
chrétienne et catholique. Il en est à qui manquent les
suffrages des parents ou des fils, des proches ou des amis, elle, la
pieuse mère de tous, s’acquittera envers tous de ce devoir.
Mais si ces supplications qu’inspirent la foi droite et la piété
pour les morts venaient à manquer, il ne servirait, je pense,
de rien aux âmes que les corps inanimés soient ensevelis
même en terre bénite.
Par conséquent, ne pensons pas pouvoir atteindre
les morts dont nous avons souci autrement que par les solennelles supplications
pour eux des sacrifices de l’autel, des prières et des
aumônes. Et encore, une restriction s’impose: ces suffrages
ne profitent pas à tous ceux pour qui on les offre mais à
ceux-~seuls qui en ont, de leur vivant, mérité le profit.
Il ne nous appartient pas de faire ce discernement. Il nous faut donc
intercéder pour tous les baptisés, ainsi nul de ceux que
peuvent et doivent atteindre ces bienfaits ne sera oublié. Et
il vaut mieux que ces prières soient superflues à certains,
qui n’en recevront plus ni bien ni mal, que de manquer à
ceux qui en attendent profit. Chacun cependant met d’autant plus
de zèle à s’acquitter de ce devoir envers ses proches
que lui-même pourra l’obtenir des siens. Tout ce que l’on
dépense néanmoins pour l’inhumation du corps n’est
pas une aide en vue du salut, c’est un devoir d’humanité,
il relève de cette affection par laquelle nul jamais ne hait
sa propre chair. Aussi doit-on, dans toute la mesure du possible, prendre
soin de la chair de son prochain tandis que s’en est allé
celui qui s’en chargeait. Et si ceux qui ne croient pas à
la résurrection agissent ainsi, combien plus doivent le faire
ceux qui ont la foi. Puisse donc ce devoir rendu à un corps sans
vie mais appelé à ressusciter et à demeurer dans
l’éternité être aussi en quelque sorte un
témoignage de cette même foi.