Doux Christ, bon Jésus, fais-moi, par amour
et désir de toi, fais-moi abandonner tout le poids des désirs
charnels et des convoitises terrestres, je t'en prie ; des pensées
vaines et coupables, des tentations impures et des suggestions perverses
du diable, des paroles inutiles et malveillantes, tout le poids de mes
péchés et de mes vices, des fautes et des négligences
qui me font la guerre, qui m'entravent et m'alourdissent. Ainsi, rendu
libre, courant après toi â l'odeur de tes parfums, pourrai-je,
« sous ta conduite », parvenir au plus vite jusqu'à
la vision de ta beauté qui me rassasiera pleinement. Par une
partie de nous-mêmes nous sommes vraiment du ciel, par l'autre
de la terre ; de là vient que le corps qui se corrompt appesantit
l'âme, et cette demeure terrestre alourdit l'esprit aux multiples
pensées. Soumets donc, Seigneur, la chair à l'esprit,
l'instinct à la raison, les vices aux vertus, le corps à
l'âme, et moi-même, en toutes choses, au-dedans comme au-dehors,
assujettis-moi à ta volonté. Que l'âme, je t'en
prie, règne sur la chair, la raison sur l'âme, ta grâce
sur la raison ; ainsi chaque élément étant bien
à sa place, « je mériterai par le secours continuel
de ta grâce et de t'aimer parfaitement et de te louer dignement
». De fait chacun est enchaîné par les liens de ses
péchés, délie, je t'en prie, les chaînes
qui me tiennent enlacé ; pare-moi « d'ailes rapides »,
donne-moi les ailes empressées des vertus. C'est vers le haut
que je me porte, vers le séjour de la paix, la où ne se
trouvent plus ni arc, ni bouclier, ni glaive, ni guerre. C'est là
qu'auprès de toi « j'ai laissé attachées
les prémices de mon esprit"