Les sources de sa pensée
Saint Augustin est d'abord un philosophe chrétien et, bien sûr,
toute sa pensée en est influencée.
Mais il a aussi lu Platon, le néo-platonicien Plotin (204-270).
Il tente de réaliser la synthèse du christianisme et du
platonisme.
La vie de Saint Augustin
Aurelius Augustinus naît le 13 novembre 354 à Thagaste
en Numidie (aujourd'hui Souk Ahras en Algérie). C'est un romain
d'Afrique, issu d'une famille assez modeste : son père, Patricius,
est un petit propriétaire foncier. L'éducation à
donner au jeune Augustin cause de la tension entre les parents car le
père reste attaché à la religion du paganisme romain
alors que sa mère, Monique, est une fervente chrétienne
(l'Eglise la fera Sainte Monique). Augustin sera élevé
dans la religion maternelle. Augustin reçoit une formation intellectuelle
solide et envisage un temps de devenir avocat mais, en réalité,
devient professeur dans sa ville natale, puis à Carthage, où
il fonde une école de rhétorique, et enfin à Rome
et Milan. Pendant cette période, au désespoir de sa mère,
il s'éloigne de la religion de son enfance, menant une vie intense,
une vie de débauche, dira-t-il dans les Confessions, une vie
tourmentée, divisée entre son amour pour la femme avec
laquelle il est lié depuis l'âge de 17 ans (et dont il
a, en 372, un fils, Adéodat), sa passion pour la littérature
et le théâtre et ses inquiétudes métaphysiques.
Il découvre la philosophie vers 15 ans, en lisant Cicéron,
mais c'est d'abord au manichéisme qu'il se convertit. Cette religion
connaît à cette époque une grande expansion. Elle
enseigne une vision dualiste et tragique du monde (le conflit entre
le Bien et le Mal) et préconise une morale ascétique par
laquelle l'âme ferait son salut en s'arrachant au monde mauvais.
Augustin, déchiré par ses conflits internes, est séduit
par cette doctrine et y adhère pendant 9 ans. A son arrivée
à Milan, il s'éloigne déjà du manichéisme.
Il subit alors l'influence du grand théologien chrétien
Ambroise (plus tard Saint Ambroise) qui lui fait découvrir le
néo-platonisme. Il se tourne alors vers le christianisme, mais
cette adhésion intellectuelle n'est pas encore décisive.
C'est dans un jardin de Milan que lui vient la révélation.
Il entend une voix qu'il interprète comme celle de Dieu. Abandonnant
l'enseignement, il se retire avec quelques amis et rédige ses
premiers dialogues philosophiques. Puis ce sera trois ans de vie monastique
et enfin les charges ecclésiastiques. A partir de ce moment,
la vie d'Augustin se confond avec l'activité qu'il exerce comme
prêtre puis comme évêque d'Hippone (395). Participant
activement à tous les grands conflits qui secouent l'Eglise d'Afrique,
il produit en même temps une œuvre immense, à la fois
philosophique et théologique. Les trois œuvres les plus
célèbres seront les Confessions (396-397), La Trinité
(400-416), La Cité de Dieu (411-426).
La fin de la vie d'Augustin est assombrie par l'effondrement de l'Empire
romain d'Occident. C'est dans une ville assiégée par les
Vandales qu'Augustin meurt le 28 août 430 à Hippone (aujourd'hui
Annaba).
Apport conceptuel.
La philosophie de Saint Augustin est intimement liée à
sa vie et en particulier à son expérience de la culpabilité.
S'il finit par rejeter le manichéisme, c'est parce qu'il exonère
l'homme de toute faute. Il existe une liberté du pécheur.
Néanmoins, et en ce sens il s'opposera vigoureusement à
l'hérésie pélagienne, l'homme ne peut pas se sauver
tout seul. Il n'appartient pas à l'homme de faire lui-même
son salut. Tout dépend de la grâce que Dieu accorde ou
non. (cette idée influencera plus tard la religion réformée
de Calvin). L'homme est incapable de se libérer seul des sollicitations
de la concupiscence. La puissance des passions est liée au péché
originel.
Augustin découvre, avant Descartes, le cogito : je puis me tromper
mais " si je me trompe, c'est que j'existe" C'est par la participation
à la lumière divine que l'esprit humain acquiert sa sagesse,
reflet de ce Divin que l'homme peut saisir au sein même de son
âme. Il existe donc des vérités éternelles
qui nous sont révélées par une lumière intérieure
(théorie de l'illumination), ce qui permet à Augustin
de conserver la théorie platonicienne des Idées tout en
rejetant le mythe de la réminiscence et de la métempsycose.
La religion est affaire de foi, adhésion de l'âme nous
faisant saisir les principes premiers et qui nous met en possession
de la vérité. Néanmoins, la Raison, conçue
comme faculté discursive, n'entre pas en conflit avec la foi,
mais la complète : il faut comprendre pour croire. De ce point
de vue les mystères (par exemple celui de la Trinité)
doivent être expliqués. On commence par la foi qui appelle
ensuite la connaissance. "La foi cherche, l'intellect trouve."
La notion de devenir historique (qui d'ailleurs n'est pas explicitement
formulée) existe chez Saint Augustin : le fait que, par le Christ,
Dieu soit intervenu dans le cours naturel du monde est un événement
fondamental qui donne son sens à la cité des hommes et
à son devenir vers la Cité de Dieu. Il existe en effet
deux cités qui coexistent dans ce monde : la cité terrestre
qui a pour principe l'amour de soi allant jusqu'au mépris de
Dieu et la cité céleste qui regroupe toutes les nations
vivant sous la loi de Dieu et a pour principe l'amour de Dieu jusqu'au
mépris de soi. Si la cité terrestre est historique et
donc contingente, la cité de Dieu a pour fin la paix dans la
perfection. Les malheurs terrestres sont des épreuves et des
châtiments qui nous préparent à l'éternité.
Dans Les Confessions, Saint Augustin développe une intéressante
conception du temps. S'opposant à la conception classique, qui
faisait du temps une dimension des choses, Saint Augustin montre que
le temps n'a pas d'être puisque le passé n'est plus, l'avenir
n'est pas encore et le présent est cet instant infinitésimal
immédiatement retourné au néant. Ainsi le temps
n'a pas d'autre réalité que la réalité subjective
que lui confère ma conscience, par ma mémoire (passé),
mon attente (avenir) ou mon attention (présent). Il n'est nulle
part ailleurs que dans l'esprit des hommes. Ce qui distingue le temps
de l'éternité divine est que cette dernière échappe
à la succession.