La légende du Précieux Sang
Fécamp était au Moyen Age un lieu de pèlerinage très fréquenté. Il devait cela à la possession d’une sainte relique ; le Précieux Sang du Christ. La légende raconte que Joseph d’Arimathie et son oncle Nicodème, chargés d’ensevelir le corps du Christ, recueillirent quelques gouttes du sang divin. Nicodème garda précieusement ce trésor et le transmit à Isaac, son neveu, dont les affaires dès lors prospérèrent.
Averti par une vision divine que les Romains allaient envahir la Judée, Isaac enferma les reliques dans un étui de plomb qu’il cacha dans le tronc d’un figuier. Puis, toujours inspiré par Dieu, il lança ce figuier à la mer, sachant fort bien qu’il s’échouerait sur les cotes gauloise. En effet une forte marée déposa la relique sacrée dans la vase de l’embouchure de la rivière de Valmont… exactement au 12, rue de l’Aumône ; l’endroit précis est connu puisqu’une source miraculeuse jaillit aussitôt. Il fallut néanmoins une deuxième intervention divine pour que les Gaulois redécouvrent la sainte relique. Un nommé Bozo, saint homme, fut envoyé par le pape Clément pour évangéliser les Calètes, habitants de cette région encore païenne. Bozo s’installa dans ce vallon et remarqua près d’une source t rois pousses de figuier. Intrigué et poussé de plus en plus par un personnage mystérieux, manifestement un envoyé de Dieu, il creusa la vase, trouva le tronc qu’il voulut transporter chez lui. Ce fut au début, mais plus il avançait, plus le tronc pesait… tant et si bien que le charroi s’écroula à l’endroit même où fut construite l’abbaye.
Mais la relique, une fois de plus oubliée, nécessita une troisième intervention divine : un jour qu’un duc de Neustrie, Ansegise, chassait par là, il fit un cerf merveilleux, blanc, dont l’apparition paralysa hommes, chiens et chevaux. Impressionné, le duc promit la construction d’un sanctuaire… mais il mourut avant d’avoir accompli sa promesse.
D’où la nécessité d’une quatrième intervention divine ! mais cette fois-ci, Dieu,, peut-être las de la stupidité des hommes, fit transporter jusqu’à lui le futur fondateur. Il s’agit encore d’un duc de Neustrie, Waning, conseiller du roi Clotaire II, qui, de passage dans le vallon, tomba subitement malade et mourut. Emmené devant le juge suprême, il se vit proposer un supplément de vie de vingt ans à condition de construire enfin un monastère. Revenu à la vie, il s’empressa d’édifier une église dont il confia l’entretien à des nonnes dirigées par Saint Childemarque. La précieuse relique avait enfin trouvé un sanctuaire digne du Christ.
Un moine malicieux tenta même de justifier l’étymologie de Fécamp par cette légende ; pour lui, ce nom viendrait de fisci campus (le champ du figuier) et non, comme certains le prétendent, de fisc, forme germanique désignant le poisson. Le lecteur choisira…

Extrait du "Guide du Pays de Caux" de Pierre Auger et Gérard Granier Ed. LA MANUFACTURE1988