Université du Havre
UFR lettres et sciences humaines
DEUG2 Histoire Géographie

Dossier d’initiation à la recherche :
Le pèlerinage du précieux sang


ROULLIER Doreen
2003/2004 ROMEO Jérôme
DUFLO AUVRAY Julien

Dans l’optique du dossier de l’initiation à la recherche, nous avons décidé de faire un travail sur le pèlerinage du précieux sang, qui se déroulait et qui se déroule encore aujourd’hui à Fécamp. Comment nous avons choisi ce sujet ? Nous voulions à la base faire un travail sur un sujet religieux car cela intéressait chacun de nous. Nous nous sommes d’abord tournés vers le pèlerinage de saint Jacques de Compostelle pour des raisons de faciliter étant qu’il existe de nombreuses sources sur ce thème, puis après quelques réflexions nous avons décidé d’étudier celui de Fécamp. Nous avons trouvé intéressant d’étudier ce pèlerinage car il appartient à notre région et il est très méconnu des habitants de Seine Maritime alors qu’il avait dans le passé une très grande importance. Ce sujet nous est paru d’autant plus intéressant que chaque personnes, à qui on en parlait, ignoraient totalement l’existence du pèlerinage du précieux sang, elles demandaient donc qu’on leur en raconte les faits marquants. Nous avons donc décidé au fur et à mesure de faire un travail qui puisse être noté, mais un travail qui puisse être lu par tout lecteur qui s’intéresse à ce sujet. Ainsi, si les lecteurs paraissent apprécier notre travail, nous le déposerons aux archives de Fécamp pour qu’il puisse être lu par n’importe qui car les sources sur ce sujet sont très minimes. Cela permettrait aux lecteurs d’avoir des informations sur le sujet au cours d’une lecture qui est courte. Nous en arrivons donc à nos méthodes de travail. Nous voulions à la base étudier des œuvres que l’on trouverait à la bibliothèque car nous avions peur de nous jeter dans les archives avec aucune idée de ce que l’on pourrait trouver. Ces œuvres nous auraient permis de connaître les faits marquants de ce pèlerinage ainsi, nous aurions choisi ceux que l’on aurait étudiés. Cependant, après avoir fait des recherches dans les bibliothèques du Havre, de Fécamp et d’Yvetot, nous avons conclu que les bibliothèques aucun livre sur le précieux sang mais que des ouvrages sur Fécamp qui font parfois allusion au pèlerinage. Nous avons eu par la suite un entretien téléphonique avec une maître conférencière et guide à Fécamp. Cette personne nous a dirigé tout de suite vers les archives en nous disant qu’il y avait qu’à cet endroit que l’on aurait des sources pour l’étude du pèlerinage. Nous aurions aimé travailler à l’origine sur les miracles et sur les pèlerins, leurs catégories sociales, leurs pratiques… mais, ce sont les archives qui ont plus ou moins décidé pour nous. En effet, il y avait encore une fois très peu d’information sur le sujet même si les sources que l’on y a trouvées nous ont permis de faire ce dossier. Ces archives contenaient pour la majorité des écrits d’abbés de l’église de Fécamp, sous forme de photocopie, à propos de la légende, de l’histoire chronologique, des pratiques du pèlerinage et de quelques miracles. C’est donc dans cette direction que nous sommes allés. D’autre part, les archives nous ont posé le problème de l’objectivité des sources. Comme nous l’avons dit, ces sources étaient pour beaucoup écrites par des abbés, il n’y avait donc pas de vision extérieure au pèlerinage, il n’y avait pas par exemple d’écrits de pèlerins. Les œuvres, que l’on a étudié, glorifient donc l’église ce qui a fait que nous nous sommes posés beaucoup de questions aux quelles nous n’avons pas pu répondre avec certitude.
Finalement, nous avons décidé d’étudier l’histoire légendaire du pèlerinage, son histoire chronologique et les pratiques des pèlerins.
Voici le résultat de nos recherches :

La ville de Fécamp s’est établie sur un site occupé dès l’époque protohistorique (période chronologique entre la préhistoire et l’histoire) et elle s’est développée notamment grâce à son activité religieuse. En effet, la ville de Fécamp a derrière elle un passé religieux extraordinairement riche. Dès le Moyen Age, c’est un lieu de pèlerinage connu dans toute l’Europe grâce à la renommée que lui confère la relique du précieux sang. La possession de la sainte relique, le précieux sang du Christ, serait arrivée jusqu’à Fécamp par la mer en voguant dans un tronc de figuier. Elle est suivant une tradition respectable, une petite portion de la terre arrosée du sang de N.S. Jésus Christ, recueillie au pied de la croix par ses disciples, au moment de la passion (passion : ensemble des évènements de la vie de Jésus de son arrestation à sa mort). Reconnue, certifiée, par plusieurs rois de France, seigneurs, hauts dignitaires, prieurs et ducs de Normandie, le précieux sang de Fécamp, source légendaire, existe nous dit l’histoire depuis le Moyen Age. Le pèlerinage se développe surtout après les invasions scandinaves et la reconstruction de l’église abbatiale en 1171, cette dernière ayant été détruite par ces invasions. Des pèlerins viennent de toute l’Europe, motivés par les témoignages de guérisons miraculeuses et ils y accomplissent des rites précis, à certains jours de l’année plus particulièrement qu’à d’autres. On ne vient pas demander une guérison particulière même si on a toujours ça en tête, il s’agit surtout d’une vénération du christ.
Nous allons donc nous intéresser à ce pèlerinage qui a marqué la ville de Fécamp mais qui est, paradoxalement, totalement méconnu de beaucoup de Fécampois et d’une très grande majorité de la population régionale.
Tout d’abord, nous nous intéresserons à la légende officielle de ce pèlerinage, écrite pour les pèlerins mais que l’on pourrait critiquer en disant qu’elle est peut être syncrétique car elle émane d’une perception globale et confuse de différentes légendes. Et en deuxième partie, nous nous attarderons sur l’histoire du pèlerinage en faisant tout d’abord une description chronologique en essayant de voir si la réforme catholique et la révolution marquent de grands changements et nous parlerons aussi, dans cette deuxième partie, des pratiques des pèlerins avec leurs objectifs, les messes et la confrérie du précieux sang.

Bibliographie :
· Histoire du précieux sang de N.S. Jésus Christ, imprimé chez L.Durand et fils à Fécamp.
· Manuel du pèlerin au précieux-sang, imprimé par L.Durand et fils à Fécamp.
· Légende du précieux sang de la célèbre abbaye de Fécamp, mise en vers par un ancien vicaire de la sainte Trinité de Fécamp, 1891, Rouen.
· Le précieux sang de Fécamp, Dom Gaston Lecroq de l’abbaye de saint Wandrille, 1949, Fécamp.
· Le saint Graal et le précieux sang, Coincy-saint Palais.
· Essai sur l’abbaye de Fécamp, Leroux de Cincy.
· Annuaire des cinq départements de la Normandie, publié par l’association normande et les assises de Caumont, 1951, Bayeux.
· Une tapisserie du précieux sang de Fécamp, Melle Martin Sophie, thèse sur le précieux sang, 1986-1987.
· Le précieux sang de Fécamp, origine et développement d’un mythe chrétien, Jean-Guy Gouttebroze, 2000, honoré champion éditeur.
· Discours prononcé à l’assemblée générale de la société de l’histoire de Normandie, M.H. Omont, 1913, Rouen.

Autres sources :
· www.unicaen.fr/mrsh/crahm/revue/tabularia/goutterbroze.html
· perso.normandnet.fr/paille/bost.htm
· http://www.encyclopedie-universelle.com/abbaye4%20-%20Cap%E9tiens2-Normandie.html
· http://perso.wanadoo.fr/.precieux-sang/
· Entretien téléphonique avec une maître conférencière et guide à Fécamp.
· Echange d’informations par mail avec un religieux de l’église de Fécamp

1 La légende officielle du précieux sang :
Cette histoire n’est qu’une parmi les nombreuses histoires au sujet du précieux sang. Cependant, nous avons choisi d’exposer cette légende dans la mesure ou elle est celle qui a été officialisée par l’abbaye de Fécamp.
Le Duc Guillaume (dit longue épée, fils de Raoul, duc de Normandie) décède. Il laisse un fils Richard. Ce dernier ayant surmonté ses ennemis, se met à examiner sérieusement l’église de Fécamp que son père avait bâtie et fondée. Il appela son châtelain et lui parla de la sorte : j’appréhende que comme j’aie souffert plusieurs pertes et persécutions, cette église, qui a été par lui fondée, n’ait enduré beaucoup d’incommodités et dommages, faute de bonne conduite.
Richard souhaita qu’on lui apporte aussitôt toutes les pièces d’écriture des donations faites et tous les mémoires de toutes les reliques. On apporta donc un grand nombre d’écritures dans lesquelles, on trouva un rouleau d’écritures qui contenait la future légende.
1.1 L’arrivée de la relique et sa réception :
Le précieux trésor est sans doute venu des pays de Jérusalem jusqu’à Fécamp. Joseph d’Arimathie, ainsi que l’église catholique le reconnaît alla trouver Pilate, et lui demanda le corps de Jésus-Christ, ce qu’il obtint facilement, et il prend Nicodème avec lui pour le mettre en tombeau. Nicodème était venu le retrouver pendant la nuit et porté d’une très sainte piété et amitié, il enleva par le moyen de son couteau, le sang de Jésus, qui était figé autour des plaies de ses pieds, de ses mains et de son côté, et le mit dans son gant. Il cacha ce gant rempli de ce sang précieux dans son coffre fort, secrètement, et le conserva avec grand respect, pendant toute sa vie, l’aimant et le chérissant grandement. Nicodème n’ayant pas d’enfant, il confia le gant à son neveu Isaac en lui disant : « voilà le sang de ce vrai prophète Jésus que nos anciens pères ont fait injustement crucifier. Gardez-le avec respect, et sachez que tant que vous rendrez à ce divin trésor le culte et l’honneur qu’il mérite, vous ne pourrez jamais manquer de rien et vous aurez des biens en abondance ». Isaac suivit donc les recommandations que lui avait données son oncle et il arriva donc que Isaac, qui par le passé avait été dans la disette et dans la pauvreté, devint subitement riche, très considérable et de grande autorité. Mais sa femme curieuse de ce grand changement l’interrogea en ces termes : « faites connaître d’où vous est venue une si grande abondance de biens en si peu de temps ». Il répondit : « c’est par un bien fait de dieu ». La femme cru que son mari avait fait quelque chose contraire à la foi judaïque. Un jour, Isaac étant à genoux, faisant son oraison devant son armoire où était enfermé le précieux sang, il fut surpris par sa femme qui le fit accuser en la présence de tous les juifs, disant qu’elle l’avait surpris adorant une idole. Il fut donc jugé, mais clamant son innocence et comme on ne voulait pas le condamner par l’accusation d’une seule femme, il fut blanchi du crime dont on l’accusait. Mais il savait qu’il serait par la suite surveillé de près et ainsi il ne pourrait plus adorer le précieux sang s’il demeurait plus longtemps à Jérusalem. Il quitta son logis pour aller en la vieille ville de Sidon, peu éloignée du bord de la mer. Dans son nouveau logis, il pouvait maintenant rendre ses honneurs au précieux sang comme il avait coutume auparavant.
Or, une nuit, il lui sembla entendre une voix qui lui disait : « Tite et Vespasien, empereurs de Rome, doivent venir en ce pays de l’Italie, accompagnés de plusieurs légions de soldats qui détruiront tout Jérusalem et renverseront le temple » Isaac était donc très soucieux de ce qu’il devait faire du trésor. Il chercha où il pouvait le cacher et il choisit parmi ses idées la suivante : il ferait un trou rond dans un gros figuier qui était dans son jardin, puis y enfermerait secrètement le précieux sang. Il exécuta donc son plan. Mais il fit un petit vaisseau de plomb, long et étroit selon la grandeur du trou qu’il avait fait dans le figuier, et ayant mis le précieux sang dedans, il le ferma et le souda, et l’enferma dans un autre vaisseau, tout cela servant à éviter que l’humidité du tronc consommât le gant et que le précieux sang soit endommagé. Isaac mit les vaisseaux dans le tronc qui se referma de lui-même cachant ainsi le trésor. Il se réjouit de ce nouveau miracle et considère ce sang maintenant comme celui d’un vrai dieu et homme. Une autre nuit, Isaac réentendu ces voix, le prévenant de la même chose, mais rajoutant qu’il fallait dès le lendemain qu’il coupe l’arbre où il avait enfermé le trésor, en le laissant dans le tronc. Isaac coupa donc l’arbre qui resta tel quel pendant quelque temps, mais les fréquentes inondations firent que l’arbre cessa de vivre. Isaac voyant cela et n’ayant aucun autre lieu où le cacher, décida de le mettre à la mer avec grand regret. Et les larmes aux yeux, il pria dieu de cette manière : « souverain de toutes les puissances, créateur de toutes les créatures, qui avez envoyé le vrai prophète Jésus-Christ pour sauver les hommes, duquel le sang précieux est caché en ce tronc, qu’il vous plaise de le regarder et de le conduire en quelque lieu honnête auquel on le puisse rendre l’hommage qui lui est due. Votre divine bonté sait que s’il m’avait été possible de le retenir sans blesser la loi judaïque je ne l’aurais jamais mis en la mer. ». Isaac ne put être consolé de personne, ne pouvant et ne voulant faire connaître la cause de sa douleur. Mais Jésus qu’il avait tant aimé, lui envoya un doux sommeil qui mit fin à sa tristesse et où il lui envoya quelques mots : « Isaac, ne vous attristez pas pour le tronc que vous avez mis à la mer, car il sera porter en un lieu des dernières provinces de la France. ».
Le tronc, porté par les eaux de la mer, fut porté dans cette vallée à laquelle il donna le nom. Or, en ce temps, la mer s’étendait beaucoup plus loin sur les terres. Il arriva donc que le tronc soit jeté par la mer sur les terres et la mer, s’étant retirée de ses propres limites, laissa une vallée sèche et presque sans être arrosée des eaux de la mer où cet arbre resta couvert de terre, de boue et d’herbe verdoyante.
Un homme nommé Bozo parcourut tout le pays de Caux, cherchant quelque lieu agréable où il put s’arrêter et y bâtir quelque demeure. Etant venu jusqu’à ce pays, et y ayant trouvé une terre fertile, proche de la mer, avec un petit cour d’eau, des forêts très épaisses remplies de toute sorte d’animaux pour la chasse, il s’y arrêta et y bâtit quelques édifices,, et nomma ce lieu de son nom : Bullaire Debo. Il convertit à la foi une femme nommée Merca, à laquelle ensuite il se maria. Ils eurent ensuite plusieurs enfants de leur mariage. Un jour, les enfants de Bozo faisaient paître leur troupeau dans la vallée où était demeuré le tronc (lieu où le pâturage était plus fertile et plus agréable que dans tout autre lieu), et ils trouvèrent trois verges tendres, belles et verdoyantes, couvertes de feuilles, desquelles un de ses enfants en coupa une qu’il porta en sa maison. Bozo demanda à ses enfants où ils avaient trouvé cela et ils lui répondirent : « mon père, ça été dans la vallée que vous savez être la plus fertile en herbage que les autres ; il y en a encore deux semblables à celle-ci, que nous n’avons pas voulu couper, parce qu’elles nous semblaient trop tendres ». Bozo leur répondit : « Demain j’irai avec vous, et je verrai si vous dites la vérité ». Bozo s’en alla dès le matin et considérant que ces verges étaient fort tendres et qu »elles étaient d’un figuier, il ne les coupa pas, mais comme il savait ce qu’était le jardinage puisqu’il en avait fait son métier, il les enleva adroitement du tronc et les planta dans son jardin. Puis, il s’efforça de tirer le tronc de la terre avec toute sorte d’instruments, mais même le tronc complètement sorti de la terre, Bozo ne put nullement le remuer de place. Les verges, qu’il avait plantées, devinrent de grands arbres qui produisaient quantité de fruits. Ils donnèrent aussi le nom à ce champ qu’on appelle le champ des figuiers, qui néanmoins fut nommé depuis le Grand-Champ parce qu’il avait une grande abondance d’herbes.
Bozo mourut et sa femme, Merca, demeura veuve avec ses enfants.
Un jour, de temps d’hiver, un pèlerin vint au logis de Merca en la priant de le recevoir. Elle reçut donc cet étranger. Merca, toujours triste du décès de son mari, dit d’une voix plaintive : « o mon mari, si vous viviez, nous aurions grande pièce de bois, comme on a coutume de faire au prochain jour de la fête de la nativité de notre seigneur ».
Ses enfants voyaient sa tristesse et se dirent entre eux : « cherchons quelqu’un qui nous puisse aider, et apportons demain ce tronc qui dans le champ du figuier. Merca ayant entendu ses enfants leur dit : « votre père a fait ce qu’il a pu pour l’apporter, cependant par toute son industrie et avec tous ses efforts, ne l’a pu nullement remuer. Ainsi avec tous vos soins et tous vos efforts, vous ne pourrez en venir à bout ».
Cet étranger, entendant parler du tronc, leur demander ce qu’était le tronc, en quel lieu il se trouvait, et pourquoi on appelait ce champ, le champ du figuier. Cette femme raconta au pèlerin l’histoire des trois verges, qu’elles avaient permis une multiplication des plantations et que le tronc avait rendu les terres beaucoup plus fertiles. Cet étranger, qui peut-être avait été envoyé de dieu pour cela, lui dit qu’il voulait aller voir ce tronc. Dès le matin, ayant donc préparé le chariot, le pèlerin avec tous les domestiques allèrent vers le lieu où était le tronc. Une fois arrivé, l’étranger le leva sans aucune difficulté et le mit sur le chariot. Les bœufs tirèrent le chariot jusqu’à l’endroit où l’église abbatiale de Fécamp a été bâtie ; Dieu le permettant ainsi puisqu’une fois à cet endroit, le tronc devint tellement pesant qu’il fut impossible d’aller plus loin, mais son poids brisa aussi le chariot.
Le pèlerin se prosternant face à la terre, pria quelque temps, et ayant achevé sa prière, il marqua le signe de la croix sur le tronc, et sur ce signe assembla des pierres en façon d’autel, et dit à ceux qui étaient présents : « Heureuse cette province, plus heureux ce lieu, mais aussi très heureux ceux qui auront le bonheur de voir et d’honorer le prix du monde qui est contenu en ce lieu ». Et ayant dit ces paroles, il disparut, devant toutes les personnes, et ne fut plus vu.
Les enfants de Merca lui racontèrent les faits et elle rendit grâce à dieu.
Cette vallée, à cause du tronc qui y était, fut longtemps aimée et hantée par les habitants et peuples voisins, d’autant plus que les bestiaux, étant nourris dans ces pâturages, devenaient plus gros et plus beaux et la forêt, par ses animaux attirait, les principaux seigneurs du pays de Caux.
Le Duc Ansegise fut face à un prodigieux miracle. Lors d’une partie de chasse, il se trouva face à un cerf deux à trois fois plus grand que la normal. Ses chevaux, ses chiens et ses hommes perdurent totalement l’usage de leurs membres. Le cerf marchait et faisait comme un grand tour de cercle autour du lieu où ils étaient arrêtés et une fois son tour achevé, il ne fut plus vu. Tous retrouvèrent l’usage de leur membre et Ansegise, ayant remarqué les traces du cerf, demanda qu’on lui apporte des branches d’arbres, avec lesquelles il forma une sorte de chapelle autour du lieu où le cerf avait fait le circuit avec ses pas. Le Duc d’Ansegise promit à Dieu, par vœu, que s’il vivait, il ferait édifier une église en l’honneur de la sainte ; mais il ne put accomplir son vœu. Après la mort d’Ansegine ce lieu devient inconnu et inhabité et ce transforme en un lieu de pâturage pour les bêtes.
1.2 La construction de l’église et le pillage des païens
Plusieurs années s’écoulent avant le règne de Clotaire, roi de France. Waninge, qui était conseiller et favori de ce roi, fut envoyé comme gouverneur de la province. Il était donc arrivé en ce pays mais n’étant pas informé par les habitants du fait que Ansegine avait tant aimé et révéré ce lieu, il n’eut pour lui aucune vénération comme avait fait Ansegine. Cependant, cette divine providence le choisit pour édifier ce lieu vénérable. En effet, il fut très longtemps travaillé de fièvre, de sorte qu’il fut presque réduit à l’extrémité, car ceux qui étaient présents le tenaient pour mort. Pendant ce grand assoupissement que lui avait causé son extase, il lui sembla être conduit vers les lieux des damnés. Il est conduit devant un juge terrible par ses regards menaçants, duquel il comprit rapidement qu’il avait péché, en non respectant ce lieu saint, dont le Duc d’Ansegine avait dit qu’il y construirait un édifice en l’honneur de la sainte, s’il y aurait vécu. Ce juge formidable décida de le guérir de la fièvre et de lui donner vingt ans de plus à vivre à condition qu’il construise un temple. Waninge devait jeter les fondements et bâtir une abbaye en l’honneur de la Trinité. Il devait faire d’autre part venir la sainte fille Childemarche qui était à Bordeaux pour être la première abbesse. Waninge était donc revenu à lui et avait retrouvé sa santé. Il raconta son histoire à des proches et alla trouver le roi Clotaire pour lui raconter son obligation de construire une abbaye. Le roi, l’ayant entendu avec admiration, le renvoya avec le pouvoir d’accomplir son devoir soigneusement. Etant de retour, il s’informa soigneusement du lieu où était apparu le cerf, auprès des anciens habitants. En ce lieu, il construisit une église. Lorsqu’il faisait bâtir cet édifice, plusieurs personnes étaient venues lui raconter des miracles (que l’on a vu précédemment : le tronc, le pèlerin, l’apparition du cerf…). Ayant entendu cela, il rendit grâce à Dieu de l’avoir choisi pour accomplir une œuvre si sainte. Il apprit aussi que les trois verges qui sortaient du tronc signifiaient la très sainte Trinité en une seule substance, à laquelle cette église devait être consacrée. Waninge passa ses vingt dernières années de sa vie puis il décida. Depuis ce temps et jusqu’à présent, ce lieu fut toujours appelé Fécamp. Le premier monastère fut donc construit en 663 en l’honneur de la sainte Trinité sur l’emplacement actuel de l’abbaye.
La religion chrétienne fut longtemps révérée et grandement étendue en ce pays, jusqu’à ce que les païens viennent ravager de fond en comble l’abbaye qui avait été fondée. En 841, l’invasion ne laisse que ruine et dévastation. Trois quarts de siècle se passe et les païens enveloppent de silence l’emplacement du monastère de Fécamp et la précieuse relique qu’il abritait. Ces ruines se trouvent ensevelies sous une luxuriante végétation de ronces et d’épines.
En 911, le traité de saint Clair sur Epte fixe les Normands dans la Neustrie dévastée. Certains s’installent donc dans cette région et se trouvent convertis à la foi chrétienne par un coup de Dieu. De plus, ils s’appliquèrent d’étendre et de faire révérer la foi chrétienne qu’ils persécutaient auparavant. Le premier prince et chef de ces païens qui embrassa la religion chrétienne fut le premier duc de Normandie, nommé Raoul. Mais étant mort, il laisse pour successeur le duc Guillaume Longue Epée, qui fit réédifier en 938 le monastère qui avait été ruiné par ses prédécesseurs.Etant venu à Fécamp, il décida de vivre en ce lieu, il fit construire son château et il y fit bâtir une église sur les ruines de l’autre (annexe 1). Laquelle étant achevée, il fit venir plusieurs évêques pour en faire la dédicace. Alors, un homme inconnu, d’un port majestueux, entra dans l’église, et porta sur l’autel, en présence de tous une sorte de couteau, sur lequel nous pouvions lire : In honore sanstissimae et individuae Trinitatis (en l’honneur de la sainte et individue Trinité). Il serait possible que cet étranger soit un ange de Dieu. Ayant fait son offrande, il s’en retourna et monta sur une pierre dure qui était près de la porte de l’église, où ayant imprimé la marque de ses pieds, en présence de tout le peuple, comme dans de la boue ou de la poussière, s’éleva en l’air, et de puis ne fut plus jamais vu.
C’est ici que s’arrête ce qui était écrit sur le rouleau. Cette légende est donc celle qui a été officialisée. Nous avons juste décidé de la réécrire précisément en simplifiant quelques passages qui nécessitaient plusieurs lectures pour être compris et ainsi permettant au lecteur de comprendre l’histoire légendaire dès la première lecture.
Cependant nous nous sommes posés quelques questions à propos de cette légende.
1.3 Les questions du syncrétisme et de la christianisation :
1.3.1 Le syncrétisme :
Le syncrétisme est un « système philosophique ou religieux qui tend à faire fusionner plusieurs doctrines différentes » (petit Larousse). Autrement dit, nous nous sommes demandés si la légende n’était pas le résultat d’une fusion de plusieurs histoires qui circulaient pour la plupart oralement. Il nous a été difficile de répondre à cette question étant donné que la plupart des sources que nous avons étudiées provenaient d’écrits d’abbés de la région normande. Ces hommes d’église ne critiquaient donc pas la valeur de la relique, ou ne contredisaient pas la légende. Au contraire, ils valorisaient ce pèlerinage en mettant en avant des miracles dus à la sainte relique. Nous n’avons donc pas trouvé de documents exposant ce problème.
Cependant, nous pouvons supposer que cette légende est le résultat d’un certain syncrétisme. En effet, certaines sources font allusion au fait que la légende officielle est une parmi tant d’autres. Et paradoxalement, on nous dit que l’histoire prend sa forme définitive à la suite de la découverte, le 19 juillet 1171, dans les ruines de l’abbaye de la Sainte Trinité, de deux étuis renfermant des particules du sang du Christ. On peut lire d’autre part que les écrits de la légende auraient été élaborés entre 1171 et 1210 et que depuis le 12ème siècle circulait du moins oralement, la notice historique de la relique du précieux sang du Christ. Nous avons donc tiré la conclusion suivante, que nous ne pouvons affirmer étant donné le manque d’informations : la légende aurait été inspirée par le rouleau qu’avait découvert Richard et réinterprété vers la fin du 12ème siècle et le début du 13ème siècle de manière un peu différente à cause des influences que les diverses légendes orales pouvaient avoir sur les auteurs. C'est à dire que les auteurs de cette légende ont rajouté, enlevé ou modifié des passages pour que l’histoire soit plus merveilleuse et crédible, tout cela grâce à l’inspiration que les histoires orales leur donnaient. D’autre part, les auteurs disent qu’elle provient directement du rouleau découvert par Richard afin de rendre plus réelle cette histoire légendaire, mais l’écrit final de cette légende ne serait pas celui qui se trouvait sur le rouleau puisqu’il aurait été réécrit. Il nous a donc semblé ici possible de parler de syncrétisme puisque la légende paraît être le résultat d’un croisement de différentes sources sur le sujet du précieux sang.
1.3.2 La christianisation du pèlerinage :
Nous nous sommes posés une autre question à laquelle nous n’avons pu répondre encore une fois avec certitude. Cette question est celle de la christianisation, c'est-à-dire que nous nous sommes demandés si la légende avait été créée pour répondre à la volonté de christianisation du pays. En effet, comme nous l’avons dit en introduction, la ville s’est établie sur un site occupé dès l’époque protohistorique. Vers 660, un monastère est fondé à Fécamp, qui est depuis longtemps un lieu de pèlerinage. Cela veut dire que le pèlerinage existait avant la christianisation de Fécamp. Il n’avait donc pas une valeur chrétienne et donc il n’avait pas la même légende. On peut donc supposer que la construction du monastère et la création de la légende répondent simplement à la volonté de christianiser ce pèlerinage à une époque où la religion chrétienne s’impose en France et en Europe. Ainsi, on aurait donné une valeur chrétienne à tous les miracles qui se seraient produits. La vraie légende de ce pèlerinage serait donc autre.

Pour conclure sur l’histoire légendaire du pèlerinage de Fécamp, nous pouvons dire qu’elle est faite de beaucoup de miracles qui ont pour but de montrer aux pèlerins la valeur religieuse et magique de ce lieu. Cependant, quelques éléments paradoxales poussent à croire que cette légende n’est qu’une invention écrite grâce à de nombreuses légendes qui circulaient oralement entre les hommes de cette époque (syncrétisme) et que celle-ci a été imposée à un pèlerinage qui existait depuis longtemps dans le seul but de lui donner des origines chrétiennes dans l’optique de la christianisation.
Nous allons voir maintenant dans une deuxième partie que néanmoins, cette légende a eu son importance auprès des pèlerins en étudiant l’histoire chronologique tout en mettant en avant l’importance de ce lieu sacré dans les mœurs des différentes époques de l’histoire puis en étudiant les diverses pratiques religieuses des pèlerins.
2 L’histoire du pèlerinage : histoire chronologique et histoire des pratiques.
Nous allons tout d’abord exposer, dans cette deuxième partie, l’histoire chronologique du pèlerinage en voyant les effets qu’ont pu avoir des grands évènements de l’histoire, à savoir les réformes catholiques et la révolution française, sur le pèlerinage, son organisation, sa fréquentation…
2.1 De la redécouverte de la relique par Richard 1er au pèlerinage du 20ème siècle :
C’est Richard 1er qui succéda à Guillaume Longue Epée. Il s’inquiéta de la relique du précieux sang dont il en commanda la recherche sous les autels. Richard 1er chercha soigneusement, de sorte que le tronc fut trouvé et il cacha secrètement le sang du christ et une partie du tronc. A la suite cela, plusieurs personnes malades de toutes infirmités, aveugles, boiteux, et autres incommodités, étant venues faire leur prière à Dieu ont retrouvé leur première santé. Le précieux sang fut caché jusqu’en 1171, l’année où l’abbé de Sully entreprend la reconstruction de l’église abbatiale de la Sainte Trinité de Fécamp sur un plan plus vaste (celui que nous voyons aujourd’hui- annexes 1 et 2). Il enleva la relique du lieu secret pour la mettre en évidence. La mise en évidence de la relique marqua le début du développement de ce pèlerinage. En effet, à partir du 12ème siècle, le pèlerinage du précieux sang a acquéri une grande importance et a vu des pèlerins venir en foule au monastère en provenance même parfois de pays étrangers. Donc à cette période plus que jamais, un nombre toujours croissant de pèlerins accoururent à Fécamp pendant que la peste affligeait l’Europe entière.
Vers 1201, la relique du précieux sang fut volé par le moine Vautier. Il voulut entreprendre un pèlerinage à Jérusalem. Pour se procurer les fonds nécessaires, il vola une partie de la relique. Il se mit route accompagné de deux religieux. En passant par la mer, le moine Vautier connut une terrible tempête. Il eut peur que la tempête soit causée par son péché. Il avoua donc sa faute et la tempête s’arrêta et la relique fut par la suite restituée.
Le cardinal Antoine Boyer, abbé de Fécamp (1792-1519), le mécène auquel est redevable de si beaux monuments dans le goût de la renaissance italienne, offrit à la précieuse relique un magnifique tabernacle (petite armoire) en marbre blanc d’Italie (annexe 3). Plusieurs figurines sculptées le décorent. Cet épisode marque la volonté de vouloir mettre en avant cette relique et d’attirer des pèlerins à Fécamp. Mais il montre aussi que l’on reconnaît la valeur du précieux sang.
Au 16ème siècle, on voit apparaître la naissance de la confrérie du précieux sang dont on parlera un peu plus loin. On voit apparaître de même à partir du 16ème siècle de nombreuses messes en l’honneur du sang Christ. Ainsi, plusieurs messes se créent pour la relique du précieux sang, un siècle plus tard, l’abbaye compose des litanies (« prières formées d’une suite de courtes invocations, que les fidèles récitent ou chantent en l’honneur de Dieu, de la Vierge ou des saints » -petit Larousse) et quelques oraisons (courte prière liturgique) en l’honneur de la sainte relique. Vers 1715, Fançois-Paul de Neuville de Villeroy, abbé de Fécamp (1698-1731) établit une fête solennelle qu’il fixa au vendredi de la semaine de la passion. Ce ne sont que quelques exemples de créations. Nous verrons, un peu après, plus en détail les actions qu’avaient à faire les pèlerins, mais cette partie va servir à montrer les influences qu’ont eu les réformes catholiques sur le pèlerinage. Les sources que nous avons pu consulter marque un grand vide entre le développement de ces messes et l’arrivée de la révolution française. Ce qu’on a appelé grand vide n’est pas la baisse du nombre de pèlerins qui semble d’après les sources toujours augmenté mais l’absence de l’histoire du pèlerinage pendant cette période. Nous avons donc supposé que cette période n’avait pas été marquée par des évènements importants. Les réformes catholiques et leurs conséquences auraient été simplement le développement de nombreuses messes permettant ainsi aux pèlerins d’être mieux encadrés mais nous n’avons pas pu avoir plus de précision sur la baisse ou non du nombre de pèlerins. Il nous a semblé tout de même que cette période a marqué le début du déclin de la fréquentation mais nous ne pouvons l’affirmer avec certitude.
Vinrent ensuite les mauvais jours de la révolution française. Cette période est beaucoup plus décrite dans les sources que la précédente. La sainte relique fut revendiquée comme « bien national » et elle n’échappa pas à la rage des destructeurs. Le 28 février 1790 fut établi un inventaire des orfèvreries du trésor abbatial. Mais, pendant la révolution, la monnaie française était dépréciée ainsi, les métaux précieux et toutes œuvres d’arts aussi magnifiques qu’elles pouvaient être ne méritaient pas d’être retenues. Beaucoup de merveilles furent donc abandonnées au pillage et à la destruction. Heureusement, des serviteurs dévoués de la tradition chrétienne recueillirent des objets. C’est le cas par exemple du curé Dom Le Tellier qui rassembla toutes ses forces pour sauvegarder ce qui lui rappelait la grandeur de l’ordre dont il avait été l’un des membres. Profitant de ses fonctions qui lui permettaient le libre accès dans l’ancien monastère, alors abandonné au pillage, il emporta la relique du précieux sang ainsi que d’autres objets. Dom Le Tellier empêcha aussi la destruction d’une grande partie du mobilier culturel. Mais ses actions sont devenues dangereuses. Il fut arrêté pour avoir « cherché directement ou indirectement à abuser de la relique du précieux sang, au détriment de la chose publique ». Il paya donc son courage d’une année d’incarcération mais il put se réjouir d’avoir soustrait la Sainte relique à la profanation.
Au lendemain de la révolution, cette relique fut restituée à l’église de la sainte Trinité et remise dans le beau tabernacle de marbre blanc. On s’occupa de restituer tout le désordre fait par la révolution. On fait beaucoup de retouches au tabernacle, par exemple, en 1873 on lui donne une porte en bronze (annexe 3). D’autre part, en 1853, Mgr Blanquart de Bailleul, archevêque de Rouen, consentit volontiers, après enquête, à faire apposer son cachet sur les deux tubes en argent qui contiennent la relique. Par ce geste, l’archevêque de Rouen entendit constater l’identité de la précieuse relique et sa conservation depuis le temps qui a précédé immédiatement la révolution française jusqu’à ce jour. On peut voir à travers ces actions la volonté de raviver les pèlerins, de les attirer à Fécamp. On essaye encore de donner de la valeur à la relique pour pas que le pèlerinage disparaisse. On essaye donc de le faire survivre.
Après la révolution, le précieux sang connut encore des jours de vénération et les curés de la sainte Trinité continuèrent la tradition des anciens moines. D’après les sources, avant comme après la révolution, les pèlerins attirés à Fécamp, soit par la reconnaissance soit par le désir d’obtenir de nouvelles grâces, n’ont cessé de venir nombreux honorer le précieux sang ; mais la réalité devait être bien différente. Nous pensons que la révolution française a marqué un grand déclin de la fréquentation des pèlerins.
Aujourd’hui, il n’y a aucun écrit sur le pèlerinage actuel. Sans doute, les pèlerins ne viennent plus. Il paraîtrait cependant qu’encore quelques pèlerins viendraient de temps en temps. Le pèlerinage du précieux sang ne serait donc pas tombé dans l’obscurité totale même si li est très peu connu des populations de Haute Normandie.
Après avoir vu l’histoire légendaire et les faits marquant de l’histoire chronologique, il convient d’étudier les pratiques des pèlerins à travers les rites, leurs motivations…
2.2 Les pratiques des pèlerins :
Nous allons tout d’abord nous attarder sur les rites et les objectifs de ce pèlerinage.
2.2.1 Les rites et les objectifs des pèlerins :
· Les rites à suivre : en 1710, Monseigneur de Villeroy institua la fête du précieux sang
au Vendredi de la passion, qui est le jour où la relique est exposée publiquement. D’autre part, pour avoir une plus grande vénération que dans le passé, il envoya des mandements à toutes les paroisses de huit à dix lieues aux alentours de Fécamp, pour faire savoir que le vendredi de la passion, il y aura, pour toujours, la fête du précieux sang, dans l’abbaye de Fécamp. Il ordonna, de plus, aux bourgeois, aux marchands et aux artisans de ne pas travailler, et de tenir leurs boutiques fermées toute la journée sous peine d’amende.
Le jour du jeudi de la passion arrivé, on assiste aux vêpres (office que l’on célèbre le soir au couché du soleil), qui sont chantées en musique, ainsi que tout le reste de l’office. Le vendredi de la passion, on commence par l’exposition de la sainte relique du précieux sang. Avant la procession, on chante à genoux l’ancienne Jesum ut populum. Ensuite, on fait la procession, en chantant les litanies du précieux sang, en musique, avec la sainte relique avec les mêmes cérémonies qui se font tous les ans ce jour-là. Au retour de la procession, on dit le verset et l’oraison, ensuite on donne la bénédiction avec la sainte relique et après, la messe commence. Tout cela fait, on renferme le précieux sang dans son lieu ordinaire. Les secondes vêpres sont dites. Tout l’office est chanté en musique et fêté comme au jour du saint sacrement, avec les mêmes cérémonies. On réitère tous les ans, au jour du vendredi de la passion, ces mêmes offices et ces mêmes cérémonies. D’autre part, il existe d’autres grands jours de pèlerinage. C’est le cas du dimanche de la Trinité (fête patronale de la paroisse) qui est au mois de juin. Mais les mardis et jeudis de la Trinité ainsi que les premiers dimanches et mardis de juillet sont d’autant plus importants. Le manuel du pèlerin nous dit d’autre part que depuis le dimanche de la Trinité jusqu’à la fin septembre, une messe est réservée chaque jour aux pèlerins à huit heures, sauf empêchement motivé par le service paroissial. Il existe des pèlerinages privés c'est-à-dire qu’en dehors des jours officiels, de nombreux pèlerins viennent faire leur pèlerinage en privé tous les jours de l’année et particulièrement de juin et septembre. On peut donc en conclure que la période juin à septembre est la période de l’année où les pèlerins fréquentent le plus Fécamp. Il faut noter d’autre part qu’il n’existe pas un parcours à suivre pour rejoindre Fécamp. Leur action consiste juste à se rendre à Fécamp pour suivre quelques rites, seulement beaucoup se rendait, après avoir vénéré la sainte relique, à la fontaine du précieux sang, qui serait le lieu où aurait échoué le tronc de figuier dépositaire de la relique. Un registre était ouvert en ce lieu, sur lequel se trouvaient de nombreuses attestations de guérisons miraculeuses.
Tous ces rites ont été édités par le chanoine Albert Alexandre en 1896, alors curé de la sainte trinité, dans une petite plaquette contenant l’office du précieux sang, suivi d’une notice historique intéressante. Cette plaquette était destinée aux pèlerins.
· Les objectifs : les pèlerins sont attirés par la reconnaissance, par le désir d’obtenir de
nouvelles grâces. Ils viennent demander le soulagement de leurs souffrances physiques et morales, ils viennent demander aide et protection pour leur santé, leur personne, leur famille, leurs biens, leurs affaires. Mais au fond, on ne vient pas demander une guérison particulière même si on a toujours ça en tête, il s’agit surtout d’une vénération du Christ.
On peut donner comme exemple, de guérison miraculeuse, un miracle qui s’est produit vers 1715. Il y eut une très grande maladie contagieuse en cette année qui dura longtemps dans beaucoup d’endroits autour de Fécamp mais surtout dans le bourg d’Yvetot, où il mourut beaucoup de personnes. Les habitants décidèrent donc de se rendre à Fécamp pour avoir recours à la relique du précieux sang et tout le peuple d’Yvetot fit un vœu ensemble, celui d’aller tous les ans, le lundi suivant du dimanche de la Sainte Trinité, en procession et pèlerinage pour faire dire une messe au précieux sang Jésus Christ, chanter des litanies et pour prier Dieu. Aussitôt que ce vœu fut fait, la maladie cessa.
On faisait donc ce pèlerinage dans le but de prier pour la guérison mais on l’invoquait aussi pour obtenir la cessation des jours de calamités de même que l’on exaltait lorsque renaissaient les heures de paix. C’est ainsi que les annales monacales conservent plusieurs souvenirs intéressants :
Le mercredi de Pâques de 1580, un terrible tremblement de terre se fit sentir à Fécamp. Pour remercier Dieu d’avoir sauvé les habitants, les religieux décidèrent de faire une procession générale pendant laquelle serait porté solennellement le précieux sang par le R.P. Prieur.
Après les guerres civiles qui précédèrent l’avènement d’Henri 4 sur le trône de France une procession du même genre fut ordonnée en 1598 afin de remercier le seigneur d’avoir permis le rétablissement de la paix.

Le développement de tous ces rites et les guérisons miraculeuses de malades ont donné de l’importance au pèlerinage du précieux sang et ont fait que les pèlerins sont venus de plus en plus nombreux. L’église de Fécamp a donc crée une confrérie afin d’encadrer les plus fidèles.
2.2.2 La confrérie du précieux sang :
Cette confrérie est créée au 16ème siècle.
Son objet :
· Elle devait honorer la passion de Jésus Christ.
· La confrérie incitait les membres de celle-ci à prier les uns pour les autres et particulièrement pour les membres souffrants.
· La confrérie voulait aussi aider tous ceux qui souffraient physiquement ou moralement en les unissant à « Notre Seigneur ».
La confrérie du précieux sang offrait aussi des avantages spirituels :
· La confrérie donnait le droit à ses membres de participer aux prières réciproques que les membres faisaient les uns pour les autres.
· Elle donnait aussi le droit de participer aux très nombreuses messes dites à l’intention des pèlerins et surtout des membres de la confrérie : le quatrième vendredi de Carême à neuf heures, le mardi et le jeudi de la Trinité, le premier mardi de juillet et les troisièmes vendredis de juillet, de septembre et de décembre.
· Chaque membre de la confrérie avait le droit à une messe après sa mort, à condition d’acquitter régulièrement sa cotisation chaque année.
Cependant, elle nécessitait des obligations de la part de ses membres :
· Les membres devaient se faire inscrire sur le registre de la confrérie et acquitter régulièrement une cotisation annuelle en Francs (somme non connue car variable). On pouvait aussi verser toute la somme en une fois pour être inscrit à perpétuité.
· Il fallait honorer le mois de juillet qui est le mois consacré au précieux sang, le premier mardi de ce mois étant considéré comme grand jour de pèlerinage.
· Il est conseillé pour les membres de réciter tous les jours la doxologie (« louange à la gloire du Christ, qui peut s’étendre aux trois personnes de la Trinité » petit Larousse).
Tout ce descriptif de la confrérie provient du manuel du pèlerin. On peut noter que l’église de Fécamp incite fortement les pèlerins à s’y inscrire. Elle fait à ce sujet une sorte de propagande. La fin de ce descriptif est marqué par la phrase suivante : « Nous attirons l’attention des pèlerins sur les multiples avantages spirituels de la confrérie du précieux sang et nous les engageons vivement à s’y faire inscrire. C’est le meilleur de s’assurer des prières pendant sa vie et après sa mort ». L’église veut à tout pris montrer les bienfaits de cette confrérie, mais elle ne parle pas des avantages qu’elle en tire, et elle donne l’impression que sa seule motivation est l’aide de ses membres. Nous nous sommes posés la question de savoir qu’est ce qui a poussé l’église à créer cette confrérie. Il nous a paru que pour l’église cette confrérie avait avant tout des objectifs économiques : cette confrérie permettait d’encadrer les fidèles qui le souhaitaient, ces fidèles devaient payer pour accéder aux avantages de cette organisation mais cette confrérie permettait aussi un mouvement de « propagande » autour du pèlerinage du précieux sang ce qui amenait de plus en plus de pèlerins qui faisaient des dons à l’église. Donc, derrière cette image très religieuse de la confrérie que montre le manuel du pèlerin au précieux sang, il nous a semblé convenable de parler d’un enjeu économique pour l’église.

Le pèlerinage du précieux sang fut donc très important pour Fécamp puisqu’il représente avec les activités portuaires (la pêche) les raisons pour lesquelles la ville s’est créée et s’est développée. Mais le pèlerinage fut aussi très important pour toute la région dans le passé. Fécamp était où les gens venaient chercher paix et prospérité auprès de la relique. Les fidèles du précieux sang venaient et viennent encore en foule à l’abbaye, disent les sources, sans s’occuper ni des origines, ni de l’authenticité de cette sainte relique. Ils laissent en fait ce soin à des érudits théologiens comme Dom Guillaume Le Hule qui en parlant de l’origine du précieux sang a ajouté : « elle comprend tant de merveilles qu’elle semblera peut estre un peu suspecte, néanmoins je la donne telle qu’elle que je l’ay trouvé, laissant à un chacun la liberté de croire ce qu’il jugera digne de foy. Je dis seullement qu’on a toujours révéré cette relique comme du véritable sang recueilly des playes de Nostre Seigneur Jésus Christ. Ce théologien montre bien le côté trop extraordinaire qui peut, aujourd’hui paraître douteux.
Mais, l’église a su profiter de cette relique. Elle a mis en place de grands rites en l’honneur du précieux sang, dès qu’elle a vu qu’elle pouvait en tirer des bénéfices économiques grâce aux pèlerins qui venaient toujours en nombre croissant. La création de la confrérie montre aussi les ambitions économiques de l’église.
Aujourd’hui, les sources disent que les pèlerins viennent encore en masse. Mais la réalité est très différente, si bien que pour les habitants de la région, le pèlerinage de Fécamp est inconnu. Beaucoup ignorent totalement qu’il existe à Fécamp une relique qui a amené dès le 12ème siècle une foule de pèlerins et cela à cause en partie de la ville qui n’a pas assez développé ce sujet dans l’enseignement, ou lors de fête plus moderne qu’elle aurait plus créer en l’honneur de la relique (nous nous sommes dit que peut être Fécamp aurait dû créer une fête autre que religieuse pour intéresser les nouvelles générations à ce pèlerinage en organisant des ateliers portant sur différents aspects de son histoire). Ainsi la population ignore tout le rôle religieux que la ville avait à cette époque. Et cela est très dommage pour Fécamp qui néanmoins a préservé tout le patrimoine de ce pèlerinage mais qui a dû égarer son histoire en route.
Cependant, ayant peu d’informations, nous nous sommes renseignés au près d’un religieux qui nous a dit réellement ce qu’était les choses aujourd’hui, car nous voulions en savoir plus. Le pèlerinage en tant que tel (processions, vénérations des reliques, etc…) n’existe quasiment plus si ce n’est une messe à l’abbatiale le mardi suivant la trinité. Le pèlerinage réside plus en des démarches personnelles, rencontre avec un prêtre, assistance à la messe et malgré tout la volonté de puiser de l’eau dans la fameuse source. Quant à la fréquentation, elle reste tout de même importante. Ce religieux nous dit que la démarche la plus importante est sans aucun doute internet. Les personnes viennent lire les rites et les prières à suivre. La chapelle du précieux sang peut difficilement accueillir plus de cinquante personnes en revanche, en relativement peu de temps, le site a reçu 197500 visites de quarante deux nationalités différentes. Il paraîtrait même qu’il y a un réveil culturel à propos du Précieux Sang à cette période.