MOIS DU
SACRE CŒUR

"La dévotion au Coeur
de Jésus est la synthèse de toute la religion catholique",
affirmait le Pape Pie XII. Tout nous vient du Coeur de Jésus
: l'Eglise, le Pardon, l'Eucharistie et la Vierge Marie.
Jésus, debout
dans le Temple, s'écria : "Si quelqu'un a soif, qu'il
vienne à moi et qu'il boive, celui qui croit en moi",
selon le mot de l'Ecriture : "De son sein couleront des fleuves
d'eau vive". (Jn 7, 37-39)
Le Coeur de Jésus
a été ouvert sur la croix par la lance du soldat
et depuis ce temps, il en sort des fleuves d'amour, de tendresse
et de miséricorde. Jésus, en montrant son Coeur
à sainte Marguerite-Marie, a fait des promesses à
ceux qui auront une dévotion envers son Coeur, c'est-à-dire
à "ceux qui regarderont vers Celui qu'ils ont transpercé".
Retenons celle-ci : "Les âmes tièdes deviendront
ferventes et les ferventes progresseront rapidement dans la sainteté".
"Par son sacrifice
unique, il a mené pour toujours à leur perfection
ceux qui reçoivent de lui la sainteté". (Hb
10, 14)
Le Coeur de Jésus
est fournaise ardente, et Il nous invite à nous en approcher
pour être remplis de son Amour.
Le Pape Jean XXIII,
dans son "Journal de l'Ame", livre le secret de la fécondité
de sa vie : "Aujourd'hui, tout ce qui concerne le Sacré-Coeur
de Jésus m'est devenu familier et très cher ; ma
vie semble destinée à se dépenser sous la
lumière qui émane du tabernacle et c'est au Coeur
de Jésus que je dois recourir pour trouver la solution
de tous mes troubles. J'ai la conviction que je serais prêt
à verser mon sang pour la cause du Sacré-Coeur.
Je veux que la dévotion au Sacré-Coeur, enracinée
dans le sacrement d'Amour, soit la mesure de tout mon progrès
spirituel".
Traditonnellement le mois de juin est consacré à
la contemplation de l’amour de Dieu manifesté par
le Christ .
Pour chaque jour
nous vous proposons un texte sur la spiritualité du Sacré
Cœur afin de nourrir votre prière .
+ antoine marie
1 JUIN
Jean 7,37-38
Le dernier jour, le grand jour de la fête,
Jésus, se tenant debout, s'écria :
Si quelqu'un a soif, qu'il vienne à moi, et qu'il boive.
Celui qui croit en moi, des fleuves d'eau vive couleront de son
sein, comme dit l'Ecriture.
(ou)
Le dernier jour, le grand jour de la fête,
Jésus, se tenant debout, s'écria :
Si quelqu'un a soif, qu'il vienne à moi,
et qu'il boive, celui qui croit en moi.
Des fleuves d'eau vive couleront de son sein, comme dit l'Ecriture.
(le terme grec utilisé ici est "koila", qui signifie
littéralement "entrailles". En araméen,
qui était la langue parlée par le Sauveur, ce terme
est un synonyme exact du mot "cœur")
Jean 19,34-37
Un des soldats lui perça le côté avec une
lance, et aussitôt il sortit du sang et de l'eau.
Celui qui l'a vu en a rendu témoignage, et son témoignage
est vrai ; et il sait qu'il dit vrai, afin que vous croyiez aussi.
Ces choses sont arrivées, afin que l'Ecriture fût
accomplie : Aucun de ses os ne sera brisé.
Et ailleurs l'Ecriture dit encore : Ils verront celui qu'ils ont
percé.
(cf. Zach.12,10 et Apoc.1,7)
Jean 4,14
Celui qui boira de l'eau que je lui donnerai n'aura jamais soif,
et l'eau que je lui donnerai deviendra en lui une source d'eau
qui jaillira jusque dans la vie éternelle.
2 JUIN
Psaume 16,9-10
Aussi mon cœur est dans la joie, mon esprit dans l'allégresse,
Et mon corps repose en sécurité.
Car tu ne livreras pas mon âme au séjour des morts,
Tu ne permettras pas que ton bien-aimé voie la corruption.
(cf. Act. 2,30-31 & 13,35)
Psaume 22,15
Je suis comme de l'eau qui s'écoule,
Et tous mes os se séparent ;
Mon cœur est comme de la cire,
Il se fond dans mes entrailles.
(voir l'ensemble de ce Psaume 22)
Psaume 40,7-9
Tu ne désires ni sacrifice ni offrande,
Tu m'as ouvert les oreilles ;
Tu ne demandes ni holocauste ni victime expiatoire.
Alors je dis: Voici, je viens.
Avec le rouleau du livre écrit pour moi.
Je veux faire ta volonté, mon Dieu !
Et ta loi est au fond de mon cœur.
(cf. Hébr. 10,5-7)
Psaume 69,21 et 33
L'opprobre me brise le cœur, et je suis malade ;
J'attends de la pitié, mais en vain,
Des consolateurs, et je n'en trouve aucun.
…
Les malheureux le voient et se réjouissent ;
Vous qui cherchez Dieu, que votre cœur vive !
(le terme hébreu utilisé ici est "lebab",
traduit par "psyché" en grec, et par "cor"
en latin)
(voir l'ensemble de ce Psaume 69, présent dans la liturgie
du Sacré-Cœur)
3 JUIN
Isaïe 12,3-4
Vous puiserez de l'eau avec joie aux sources du salut,
Et vous direz en ce jour là :
Louez l'Eternel, invoquez son nom,
Publiez ses œuvres parmi les peuples,
Rappelez la grandeur de son nom !
(Haurietis aquas in gaudio de fontibus Salvatoris : citation reprise
aux premiers mots de l'Encyclique de Pie XII, le 15 mai 1956)
Jérémie 30,21
Son chef (d'Israël) sera tiré de son sein,
Son dominateur sortira du milieu de lui ;
Je le ferai approcher, et il viendra vers moi ;
Car qui oserait de lui-même s'approcher de moi ?
Jérémie 30,23-24
Voici, la tempête de l'Eternel, la fureur éclate,
L'orage se précipite,
Il fond sur la tête des méchants.
La colère ardente de l'Eternel ne se calmera pas,
Jusqu'à ce qu'il ait accompli, exécuté les
desseins de son cœur.
Vous le comprendrez dans la suite des temps.
(Prophétie insérée dans les lectures de la
Fête du Sacré-Cœur)
Jérémie 31,33-34
Mais voici l'alliance que je ferai avec la maison d'Israël,
Après ces jours-là, dit l'Eternel :
Je mettrai ma loi au dedans d'eux,
Je l'écrirai dans leur cœur ;
Et je serai leur Dieu,
Et ils seront mon peuple.
Celui-ci n’enseignera plus son prochain,
Ni celui-là son frère, en disant :
Connaissez l’Eternel !
Car tous me connaîtront,
Depuis le plus petit jusqu’au plus grand, dit l’Eternel
;
Car je pardonnerai leur iniquité,
Et je ne me souviendrai plus de leur péché.
(Texte lu à la Fête du Sacré-Cœur dans
l'Office des Laudes du "Livre d'heures romain")
Jérémie 32,41-42
Je prendrai plaisir à leur faire du bien,
Et je les planterai véritablement dans ce pays,
De tout mon cœur et de toute mon âme.
Car ainsi parle l'Eternel :
De même que j'ai fait venir sur ce peuple tous ces grands
malheurs,
De même je ferai venir sur eux tout le bien que je leur
promets.
4 JUIN
Ezéchiel 11,19-20
Je leur donnerai un même cœur, et je mettrai en vous
un esprit nouveau ; j'ôterai de leur corps le cœur
de pierre, et je leur donnerai un cœur de chair, afin qu'ils
suivent mes ordonnances, et qu'ils observent et pratiquent mes
lois ; et ils seront mon peuple, et je serai leur Dieu.
Ezéchiel 36,26-27
Je vous donnerai un cœur nouveau, et je mettrai en vous un
esprit nouveau ; j'ôterai de votre corps le cœur de
pierre, et je vous donnerai un cœur de chair. Je mettrai
mon esprit en vous, et je ferai en sorte que vous suiviez mes
ordonnances, et que vous observiez et pratiquiez mes lois.
(faite suite à 36,25, sur l'eau purifiante, cf. ci-dessous)
Osée 2,16-18 & 21-22
C'est pourquoi voici, je veux l'attirer et la conduire au désert,
et je parlerai à son cœur.
En ce jour-là, dit l'Eternel, tu m'appelleras : Mon mari
! et tu ne m'appelleras plus : Mon maître !
Je serai ton fiancé pour toujours ; je serai ton fiancé
par la justice, la droiture, la grâce et la miséricorde
; je serai ton fiancé par la fidélité, et
tu reconnaîtras l'Eternel.
Zacharie 12,10
Alors je répandrai sur la maison de David et sur les habitants
de Jérusalem un esprit de grâce et de supplication,
et ils tourneront les regards vers moi, celui qu'ils ont percé.
Ils pleureront sur lui comme on pleure sur un fils unique, ils
pleureront amèrement sur lui comme on pleure sur un premier-né.
5 JUIN
Epître aux Romains 8,15
Et vous n'avez point reçu un esprit de servitude, pour
être encore dans la crainte ; mais vous avez reçu
un Esprit d'adoption, par lequel nous crions : Abba ! Père
!
Epître aux Galates 4,6
Et parce que vous êtes fils, Dieu a envoyé dans nos
cœurs l'Esprit de son Fils, lequel crie : Abba ! Père
!
Epître aux Philippiens 1,7-8
Il est juste que je pense ainsi de vous tous, parce que je vous
porte dans mon cœur, soit dans mes liens, soit dans la défense
et la confirmation de l'Evangile, vous qui tous participez à
la même grâce que moi.
Car Dieu m'est témoin que je vous chéris tous avec
la tendresse de Jésus-Christ.
(le terme grec "splangchna" utilisé ici, traduit
en latin par "viscera", est un synonyme de "kardia",
voir plus haut)
Apocalypse 22,1 & 16-17
Et il me montra un fleuve d'eau de la vie, limpide comme du cristal,
qui sortait du trône de Dieu et de l'agneau.
…
Je suis le rejeton et la postérité de David, l'étoile
brillante du matin.
Et l'Esprit et l'épouse disent: Viens. Et que celui qui
entend dise: Viens. Et que celui qui a soif vienne ; que celui
qui veut, prenne de l'eau de la vie, gratuitement.
(Viens : cf. 1Col.16,22 : Maran atha, mots araméens que
l'on retrouve aujourd'hui dans la liturgie, et qui signifient
Le Seigneur vient. On peut lire aussi Marana tha, qui signifie
alors Seigneur, viens)
Signalons enfin que le Christ lui-même se présente
comme un Maître au Cœur humble et doux, auprès
duquel l'homme pourra trouver le repos :
Matthieu 11,25-30
Venez à moi, vous tous qui êtes fatigués et
chargés, et je vous donnerai du repos.
Prenez mon joug sur vous et recevez mes instructions, car je suis
doux et humble de cœur ; et vous trouverez du repos pour
vos âmes.
Car mon joug est doux, et mon fardeau léger.
6 JUIN
Anselme archevêque de Canterbury.
« Jésus a été doux
quand il inclina la tête et rendit le dernier soupir ; doux,
quand il étendit les bras ; doux, quand son côté
fut ouvert par la lance ; doux, quand ses deux pieds furent percés
d'un clou.
[…] Doux, quand il étendit les bras. En étendant
les bras, il nous montre qu'il désire ardemment nous serrer
contre son Cœur, et je crois l'entendre nous dire : O vous
! qui êtes fatigués et qui portez le poids du jour,
venez réparer, sur ma poitrine et au sein de mes embrassements,
vos forces épuisées. Regardez, je suis prêt
: mes bras peuvent vous contenir tous. Venez donc sans exception,
et que personne ne craigne d'être repoussé. Je ne
veux pas la mort du pécheur, mais plutôt qu'il se
convertisse et qu'il vive ; mes délices les plus chères
sont d'habiter avec les enfants des hommes.
Doux, quand son côté fut ouvert par la lance. Cette
blessure ne nous a-t-elle pas révélé les
trésors infinis de sa bonté, c'est-à-dire
toute la charité de son Cœur pour nous ?
O Jésus débonnaire ! Maître si humble, Maître
si compatissant, vous êtes doux à notre cœur,
doux à notre bouche, doux à notre oreille. Votre
suavité surpasse toute mesure et toute expression...»
Saint Anselme, Méditation X sur la Passion du Christ (Migne,
Patrol. Lat., t. CLVIII).
7 JUIN
« Examinez, je vous prie, quel est le disciple qui repose
sur son Cœur et penche la tête sur sa glorieuse poitrine.
Ah ! quel qu'il soit, que son sort est digne d'envie ! mais voilà
que je l'ai reconnu. Jean est son nom. O Jean ! quelle douceur,
quelle grâce, quelle lumière et quelle dévotion
vous puisez à cette source ineffable ! Là, certes,
sont cachés tous les trésors de la sagesse et de
la science divines. Là, coule la source de la miséricorde
infinie ; là est le tabernacle de la tendresse sans bornes
; là est le rayon de la suavité éternelle.»
Saint Anselme, Méditations, XV (Migne, Patrol. Lat., t.
CLVIII).
8 JUIN
saint Bernard
« Puisque nous sommes une fois parvenus
au Cœur très doux de Jésus et qu'il nous est
bon d'être là, ne nous laissons pas facilement séparer
de Celui dont il est écrit : Ceux qui s'éloignent
de vous seront écrits sur la terre. Et ceux qui s'approchent,
quel sera leur sort ? Vous-même vous nous l'apprenez, en
disant à ceux qui s'approchent de vous : Vos noms sont
écrits dans le ciel. Approchons-nous donc de lui, et nous
tressaillirons et nous nous réjouirons en lui, au souvenir
de son Cœur. Oh ! qu'il est bon, qu'il est doux d'habiter
dans ce Cœur ! Trésor précieux que votre Cœur,
ô très miséricordieux Jésus ! Perle
incomparable trouvée en fouillant le champ de votre corps
! Qui voudrait rejeter cette perle ? Je donnerai tout plutôt,
j'échangerai toutes les pensées et affections de
mon âme pour l'acheter ; je fixerai tous mes désirs
dans le Cœur de mon Seigneur Jésus ; et sans aucun
doute il me nourrira de son amour. Dans ce Temple, dans ce Saint
des saints, dans cette Arche du Testament, j'adorerai, je louerai
le nom du Seigneur, disant avec David : J'ai trouvé mon
cœur pour prier mon Dieu. Et moi aussi, j'ai trouvé
le Cœur de mon roi, de mon frère, de mon tendre ami
Jésus : ne prierai-je donc pas ? Oui, très doux
Jésus, ayant trouvé votre Cœur et mon cœur,
je vous prierai, vous mon Dieu. Ouvrez seulement à ma prière
le sanctuaire de vos intimes audiences ; ou plutôt attirez-moi
tout entier dans votre Cœur. O Jésus ! le plus beau
des enfants des hommes, lavez-moi toujours davantage de mon iniquité,
effacez mieux encore mon péché, afin que, purifié
par vous, je mérite d'approcher de vous, pureté
infinie, d'habiter dans votre Cœur tous les jours de ma vie,
et qu'il me soit donné de voir et de faire ainsi votre
sainte volonté.
Si, en effet, votre côté a été percé,
n'est-ce pas pour que l'entrée nous en demeure ouverte
? Oui, votre Cœur a été blessé, afin
que, nous dérobant aux agitations extérieures, nous
puissions habiter en lui, en vous-même. Il a été
blessé encore afin que cette blessure visible nous manifestât
l'invisible blessure de votre amour. Pouviez-vous mieux révéler
votre ardente charité qu'en permettant que non seulement
votre corps, mais votre Cœur lui-même fût blessé
de la lance ? Blessure charnelle qui laisse voir la blessure spirituelle
! Qui n'aimerait un Cœur blessé de la sorte ? Qui
ne lui rendrait amour pour amour ? Qui se refuserait à
ses chastes embrassements ? Nous donc, encore renfermés
dans ce corps périssable, aimons de toutes nos forces,
payons de quelque retour, embrassons avec tendresse notre divin
Blessé, dont des bourreaux impies ont percé les
mains, les pieds, le côté, le Cœur ; et demandons
avec instance qu'il daigne étreindre du lien et blesser
du trait de son amour notre cœur dur encore et impénitent.
»
Saint Bernard, Traité sur la Passion du Seigneur, chap.
III, 18 (Migne, Patrol. Lat., t. CLXXXIV, p.643).
9JUIN
« Ils ont percé ses mains et ses
pieds, la lance s'est enfoncée dans la poitrine ; par ces
ouvertures, je puis sucer le miel sorti de la pierre, l'huile
qui coule du très dur rocher, je puis goûter et voir
combien le Seigneur est bon. Sa pensée était une
pensée de paix, et je ne le savais pas. Qui donc peut connaître
les desseins du Seigneur et lui donner des conseils ! Les clous
qui percent, les clous qui s'enfoncent me découvrent la
volonté du Seigneur. Pourquoi ne pas regarder par l'ouverture
? Le clou parle, la plaie parle ; ils disent que Dieu est bien
dans le Christ faisant la paix avec le monde. Le fer a transpercé
son âme ; il a touché son Cœur, ainsi a-t-il
appris à compatir à nos infirmités. Je vois
le secret du Cœur par la blessure du corps, je vois le grand
mystère de la bonté, la profondeur des miséricordes
divines, qui nous ont valu la visite de celui qui est descendu
des hauteurs du ciel. »
Saint Bernard, Sermon LXI sur le Cantique des Cantiques.
10 JUIN
Richard de Saint-Victor
« Si nous considérons le Cœur
de Jésus-Christ, rien n'est plus doux, rien n'est plus
miséricordieux. Jamais créature ne lui fut, ne lui
sera comparable en douceur. Quoi de plus suave que ce Cœur
que nulle malice n'émeut, qui n'eut et ne put jamais avoir
ni fiel ni amertume ?… Il y avait en ce Cœur une égale
plénitude de douceur et de bonté. Jugez, si vous
le pouvez, combien cette douceur fut grande, puisqu'elle ne put
être en rien diminuée ni altérée par
de si amères douleurs ! Pendant qu'il souffrait, il avait
plus de compassion pour ses ennemis que pour ses propres membres.
Entre tous les hommes, le divin Emmanuel eut un Cœur tendre
à la pitié, et jamais personne ne sut comme lui
répondre aux affections du cœur. »
Richard de Saint-Victor, Traité De l'Emmanuel, L. II, chap.
IV, 21 (Migne, Patrol. Lat., t. CXCVI, col.655)
11 JUIN
Mechtilde de Hackeborn
« Un jour le Seigneur dit à Mechtilde
: «Le matin de ton lever, salue le Cœur tendre et fort
de ton très doux amant car c'est de lui que tout bien,
toute joie, toute félicité ont découlé,
découlent et découleront sans fin au ciel et sur
la terre. Emploie toutes tes forces à verser ton propre
cœur dans ce Cœur divin en lui disant : "Louange,
bénédiction, gloire et salut au très doux
et bienveillant Cœur de Jésus-Christ, mon très
fidèle amant ! Je te rends grâce pour la garde fidèle
dont tu m'as entourée, pendant cette nuit où tu
n'as cessé d'offrir à Dieu le Père les actions
de grâces et les hommages que je lui devais.
Et maintenant, O mon unique amour, je t'offre mon cœur comme
une rose fraîchement épanouie dont le charme attire
les yeux tout le jour et dont le parfum réjouit ton divin
cœur.
Je t'offre aussi mon cœur comme une coupe qui te servira
à t'abreuver de ta propre douceur et des opérations
que tu daigneras opérer en moi aujourd'hui. Je t'offre
mon cœur comme une grenade d'un goût exquis digne de
paraître à ton royal festin, afin que tu l'absorbes
si bien en toi-même qu'il se sente désormais heureux
au-dedans de ton cœur divin. Je te prie de diriger aujourd'hui
toutes mes pensées, mes paroles, mes actions et mon bon
vouloir selon le bon plaisir de Ta volonté. Amen".
»
Sainte Mechtilde, Livre de la grâce spéciale, Mame,
Tours, 1921.
12 JUIN
« Une fois encore, remplie de tristesse
elle gémissait de se voir inutile, parce que la maladie
l'empêchait de garder l'observance. Alors elle entendit
le Seigneur lui dire : "Ah ! Viens à mon secours,
laisse-moi rafraîchir en toi l'ardeur de mon Cœur divin".
Par cette parole, elle comprit que toute personne qui supporte
volontiers les peines et les tristesses en union avec l'amour
qui fit supporter à Jésus-Christ sur la terre tant
d'afflictions et une mort ignominieuse, offre au Seigneur de rafraîchir
en elle l'ardeur de son Cœur divin. N'est-il pas toujours
à la recherche du salut de l'homme ? En effet, comme le
Seigneur ne peut plus maintenant souffrir lui-même, il se
fait suppléer par ses amis, par ceux qui adhèrent
à lui dans la fidélité. Et lorsque l'âme,
qui aura été sur la terre le rafraîchissement
du Cœur divin, entrera dans le ciel, elle volera droit vers
le Cœur de Dieu, et elle ira, dans les flammes de ce Cœur
embrasé, se consumer tout entière avec ce qu'elle
aura supporté pour le Christ. »
Sainte Mechtilde, Livre de la grâce spéciale, Mame,
Tours, 1921.
13 JUIN
Mechtilde de Magdebourg,
« Dans mes grandes souffrances Dieu se
révéla à mon âme, il me montra la plaie
de son Cœur et dit : Vois comme on m'a fait souffrir. Mon
âme lui dit : Hélas ! Seigneur, pourquoi souffrez-vous
à ce point, pourquoi votre sang est-il répandu en
si grande abondance ? Votre prière ne suffisait-elle pas
à racheter le monde ? Non, répondit-il, cela ne
suffit pas à mon Père. Car tout ce dénuement,
toutes ces peines, ces souffrances et ces opprobres, tout cela
n'était qu'un faible coup frappé à la porte
du ciel ; et les cieux ne s'ouvrirent qu'au moment où le
sang de mon Cœur s'écoula jusqu'à terre. […]
Si, sincèrement, tu veux changer de vie
Regarde ton époux, le Roi de l'Univers
Regarde : il a voulu être cloué en croix
Tout ruisselant de sang, devant toute la Terre,
Brisé ; ses yeux sont plein de larmes ;
Mais Son Cœur très doux déborde d'amour.
Songe à la blessure de la lance cruelle
Qui s'est enfoncée jusqu'au tréfonds du Cœur
;
Et déplore tes crimes. »
Mechtilde de Magdebourg, La lumière de la Divinité.
« Ô mépris déplorables
! ô douleurs lamentables ! que celles qui s'abattent sur
votre auguste corps et sur votre doux Cœur ! Aidez-moi, Seigneur
bien-aimé, à supporter dans votre amour tous mes
mépris et toutes mes souffrances… O corps auguste
qui est mort pour moi, bien-aimé Jésus ! je vous
prie d'accorder à tous mes sens de pouvoir sans cesse se
réjouir de cette lance ensanglantée, de la plaie
de votre doux Cœur, et à mon âme misérable
de s'y réjouir éternellement, ainsi qu'à
tous ceux pour qui je dois et je veux chrétiennement prier.
Amen. »
Mechtilde de Magdebourg, La lumière de la Divinité.
14 JUIN
David d'Augsbourg, Franciscain, prêche
en Allemagne du Sud.
« Du Cœur enflammé de Jésus
coule son sang tout brûlant d'amour. Du haut de la croix
Jésus nous montre son Cœur très fidèle
et tout brûlant d'amour, car la mort de nos âmes l'a
touché plus que la destruction de son propre corps. Seigneur
Jésus-Christ, combien tu prouves ton amour et ta soif des
âmes, en découvrant les richesses de ton Cœur
et en ouvrant ce Cœur à tes amis de prédilection.
[…]
Seigneur bien-aimé, Jésus-Christ, réchauffez
et embrasez mon cœur qui soupire vers vous, embrasez-le par
le sang brûlant d'amour qui a coulé de votre Cœur
sur la croix très sainte. Nous savons qu'il a jailli de
votre Cœur brûlant d'amour. En effet votre corps était
mort et froid et le sang n'aurait pu s'en échapper par
les seules forces de la nature, car nous voyons bien que chez
les morts le sang reste figé. Mais chez vous il n'en est
pas ainsi. Par là vous avez voulu nous faire comprendre
que votre sang bouillonnait sous l'effet de la fournaise ardente
d'amour de votre Cœur, qu'il s'échappe de votre côté
blessé comme une source infiniment délectable. »
David d'Augsbourg, in Deutsche Mystik des XIV Jahrhunderts, Pfeiffer,
Leipzig, 1845.
15 JUIN
Albert le Grand
« Il y a trois témoins qui rendent
témoignage sur la terre : l'esprit, l'eau et le sang (1
Jean 8) ; l'esprit, que Jésus rendit à son Père
au milieu des douleurs ; l'eau, qui coule de son côté
; et le sang, qu'il a versé de son cœur, sont les
témoins de son amour le plus ardent. […]
Par le sang de son Cœur et de son côté, le Seigneur
a arrosé le jardin de son Eglise, car il a fait jaillir
en même temps les sacrements de son Cœur. […]
Son Cœur débordait d'amour de pouvoir s'unir à
nous, et remplir notre cœur de joie et d'allégresse.
»
Saint Albert le Grand, Sermon 27-28 De Eucharistia.
« Il a voulu être blessé au
Cœur, pour que nous ne nous lassions jamais de contempler
son Cœur. »
Saint Albert le Grand, In Joannem.
16 JUIN
Bonaventure
« Ton Cœur, ô parfait Jésus,
est le bon trésor, la perle précieuse que nous avons
trouvée dans le champ labouré de ton corps. Qui
donc rejetterait cette perle ? Je donnerai plutôt mes bijoux,
j'échangerai contre elle toutes mes pensées et mes
affections et je me l'achèterai, jetant tout souci dans
le Cœur du bon Jésus qui, sans tromperie, me nourrira.
J'ai trouvé le Cœur du Roi, mon Seigneur, mon frère
et mon ami, le très doux Jésus. Car son Cœur
est à moi. Ayant trouvé ce Cœur, ô très
doux Jésus, qui est le tien et le mien, je te prierai,
ô mon Dieu. Accueille mes prières avec condescendance,
ou plutôt prends-moi tout entier dans ton Cœur…
Ton côté a été percé : c'est
pour que, à l'abri de tous les orages du dehors, nous puissions
demeurer en cette vigne. Pourquoi encore blessé ? Pour
que, par cette blessure visible, nous voyions la blessure invisible
de ton amour. Qui aime ardemment est blessé d'amour : comment
mieux montrer cette ardeur qu'en laissant la lance blesser, non
seulement le corps, mais aussi le Cœur lui-même ? La
blessure charnelle rappelle la blessure spirituelle…
Qui n'aimerait ce Cœur déchiré d'une telle
blessure ? Qui n'aimerait ce Cœur si aimant ? Qui n'embrasserait
ce Cœur si pur ? Nous donc, qui vivons encore dans la chair,
répondons autant que nous le pouvons à l'amour de
celui qui nous a aimés, embrassons-le, lui qui fut blessé
pour nous, lui dont les mains et les pieds, le côté
et le Cœur furent percés pour nous. Et prions-le d'enchaîner
d'un lien d'amour notre cœur jusqu'ici dur et impénitent,
et de le blesser d'un trait de son amour. »
Saint Bonaventure, La Vigne mystique (écrit qui lui est
attribué).
17 JUIN
Gertrude la Grande entre au monastère
d'Helfta, en Saxe. Nous lui devons le récit des premières
apparitions du Sacré Cœur relatées dans l'histoire
de la mystique chrétienne. Favorisée de nombreuses
grâces divines, elle fera le récit de sa vie et des
révélations reçues dans un ouvrage qui sera
édité par le Chartreux Lansperge (1489-1539), et
sera lu dans bien des monastères d'occident : le Legatus
amoris divini, traduit en français sous le titre de Héraut
de l'Amour divin.
« Voici que j'offre aux regards de ton
âme mon Cœur sacré, instrument mélodieux
dont les accents suaves charment toujours l'infinie Trinité.
Prie-le de réparer tes fautes, les faiblesses de ta vie
; tes œuvres deviendront alors devant mes yeux parfaites
et agréables… En n'importe quel temps, il peut réparer
tes négligences… Mon Cœur sacré attend,
avec une soif dévorante, que tu l'invites, soit par tes
paroles, soit par un signe, que tu le presses d'achever, de perfectionner
les actes de ta vie, chose que tu es incapable de réaliser
de ton propre chef. »
Sainte Gertrude, Le Héraut de l'Amour divin.
« J'avais engagé une personne à
dire chaque jour à son oraison la prière suivante
pour moi : "O très aimable Seigneur, je vous prie
par votre Cœur transpercé, de transpercer le cœur
de Gertrude des traits de votre amour". Le dimanche suivant,
comme j'allais à la communion, ô mon divin Sauveur,
vous excitâtes dans mon intérieur un désir
si ardent que je fus contrainte de dire moi-même ces paroles
: "Seigneur, je vous supplie par votre infinie bonté
que vous daigniez transpercer mon cœur des traits de votre
amour". Et je sentis à l'instant que ma prière
avait touché votre divin Cœur. Car je vis que de la
plaie de la main droite du crucifix, il partait un rayon de feu
en forme d'une flèche aiguë, lequel s'étendait
vers moi, et puis se retirait d'une manière ravissante
comme pour exciter mes désirs. Cela dura jusqu'au mercredi,
auquel jour, la messe étant finie, voilà que tout
à coup et comme à l'improviste, vous vous trouvâtes
présent devant moi et vous fîtes une blessure à
mon cœur. »
Sainte Gertrude, Le Héraut de l'Amour divin.
18 JUIN
« J'étais depuis peu entrée dans ma vingt-sixième
année, lorsque le lundi qui précède la Purification,
après l'office des Complies, profitant de l'heure si douce
du crépuscule, vous avez daigné, ô véritable
Lumière qui brillez au milieu des ténèbres,
mettre un terme à ce jour de ma vanité puérile,
tout obscurci par les nuages épais de mon ignorance. […]
Parmi les faveurs sans nombre dont vous m'avez comblée,
il en est deux que je place au-dessus de toutes les autres. D'abord
vous avez imprimé sur mon cœur les joyaux splendides
de vos plaies sacrées. Vous m'avez encore fait une blessure
d'amour si profonde et si efficace. Ne m'auriez-vous jamais octroyé
d'autre consolation intérieure ou extérieure, dans
ces deux seuls bienfaits vous m'avez accordé tant de bonheur
que, devrais-je vivre mille ans, je trouverais toujours en eux
une source intarissable de joie, de lumière, de béatitude
et de reconnaissance.
A ces grâces, vous avez encore ajouté un autre privilège
non moins précieux : vous m'avez enrichie de l'incomparable
douceur de votre amitié ; vous m'avez, pour que j'y prenne
mes délices, livré l'arche sainte de votre divinité,
votre Sacré Cœur. Tantôt vous me le donniez
gratuitement, tantôt vous le changiez contre le mien, afin
de me fournir un nouveau gage de votre dilection. Par lui vous
m'avez manifesté les intimes secrets de vos jugements ;
vous m'avez révélé vos charmes infinis ;
tant de fois vous avez enivré mon âme des témoignages
exquis de votre tendresse… »
Sainte Gertrude, Le Héraut de l'Amour divin.
« Le Seigneur la fit entrer en un lieu
admirable plus qu'on ne saurait dire : c'était le Cœur
de Jésus lui-même, disposé en forme de maison,
où celle-ci devait célébrer la fête
de la Dédicace. Lorsqu'elle y fut entrée, il lui
sembla qu'elle allait défaillir sous l'influence incroyable
des délices qui l'inondaient et elle dit au Seigneur :
Mon Seigneur, quand vous n'auriez introduit mon esprit qu'en une
place que vos pieds auraient foulée, ce serait bien assez
pour moi ; mais que puis-je essayer pour répondre à
la faveur étonnante que vous m'accordez en ce moment ?
Le Seigneur répondit : Puisque tu cherches habituellement
à m'offrir la partie la plus noble de ton être, c'est-à-dire
ton cœur, j'ai jugé que, pour te faire plaisir, je
devais t'offrir aussi le mien ; car je suis le Dieu qui se fait
pour toi tout en toute choses : vertu, vie, science, nourriture,
vêtement, en un mot tout ce qu'une âme aimante peut
désirer. Elle dit alors : Si mon cœur s'est mis en
quelque point d'accord avec vous, Seigneur, c'était encore
votre don. Le Seigneur repris : Il est de ma nature qu'ayant prévenu
une âme des bénédictions de la douceur, je
continue à lui prodiguer les bénédictions
de la rémunération ; et si elle se prête au
bon plaisir de mon Cœur, il devient nécessaire que
je me conforme aux désirs du sien. »
Sainte Gertrude, Le Héraut de l'Amour divin.
19 JUIN
Comme elle était, selon sa coutume, toute entière
à sa prière, le disciple que Jésus aimait
si bien, et qui pour cela doit être aimé de tous,
lui apparut… Celle-ci lui dit : "Et quelle grâce
pourrai-je obtenir, moi chétive, en ce jour de votre fête
?" Il répondit : "Viens avec moi ; tu es l'élue
de mon Seigneur ; reposons ensemble sur sa poitrine dans laquelle
sont cachés tous les trésors de toute béatitude
!"
Et, la prenant avec lui, il la conduisit auprès de notre
tendre Sauveur, la plaça à droite et se retira pour
se placer à gauche. Et comme ils reposaient ainsi tous
deux avec suavité sur la poitrine du Seigneur Jésus,
le bienheureux Jean, touchant du doigt avec une respectueuse tendresse
la poitrine du Seigneur, dit : "Voici le Saint des saints
qui attire à soi tout le bien du ciel et de la terre"…
Et il ajouta : "Je t'ai placée à l'ouverture
du Cœur divin, afin que tu puisses en tirer aisément
la douceur et la consolation que, dans son bouillonnement perpétuel,
l'amour divin répand avec impétuosité sur
tous ceux qui le désirent".
Comme elle éprouvait une jouissance ineffable aux pulsations
très saintes qui faisaient battre le Cœur divin sans
interruption, elle dit à saint Jean : "Est-ce que
vous n'avez pas, bien-aimé de Dieu, senti le charme de
ces suaves pulsations, qui ont pour moi, en ce moment, tant de
douceur, lorsque vous reposiez, à la Cène, sur cette
poitrine bénie ?" Il répondit : "J'avoue
que je l'ai senti et ressenti et la suavité en a pénétré
mon âme, ainsi que le doux hydromel imprègne de sa
douceur une bouchée de pain frais ; de plus, mon âme
en a été aussi échauffée que le devient
une chaudière bouillante au-dessus d'un feu ardent".
Elle reprit : "Pourquoi donc avez-vous gardé là-dessus
un silence si absolu que vous n'avez jamais rien écrit,
si peu que ce fut, qui le donnât à entendre, au moins
pour le profit de nos âmes ?" Il répondit :
"Ma mission était de présenter à l'Eglise,
dans son premier âge, sur le Verbe incréé
de Dieu le Père, une simple parole qui suffirait jusqu'à
la fin du monde à satisfaire l'intelligence de la race
humaine toute entière, sans toutefois que personne parvint
jamais à la pleinement comprendre. Mais de dire la suavité
de ces pulsations a été réservé pour
les temps actuels afin que, en entendant ces choses, se réchauffe
le monde vieillissant dont l'amour s'alanguit". »
Sainte Gertrude, Le Héraut de l'Amour divin.
« Jésus, ma douce espérance
! que votre divin Cœur, déjà déchiré
par amour pour moi et ouvert pour tous les pécheurs, soit
l'asile assuré de mon âme ! »
Sainte Gertrude, Insinuations, Livre II, chap. V.
20 JUIN
Jean Tauler
« Il nous a ouvert lui-même son Cœur,
la retraite la plus sainte, afin d'y introduire notre âme,
son épouse de prédilection. Car sa joie est d'être
parmi nous et de reposer au milieu de nous dans le silence et
la paix. Il nous a donné son Cœur blessé pour
que nous puissions y établir notre demeure, jusqu'à
ce que nous soyons purs et sans tache, jusqu'à ce que nous
soyons conformes à son Cœur, dignes et prêts
d'être introduits avec lui dans le Cœur divin du Père.
Il nous a donné son Cœur sans réserve, pour
qu'il nous soit une demeure. En échange il demande notre
cœur, pour y établir sa demeure. Son Cœur doit
être le lieu de notre repos ; il est orné de roses
sanglantes, les roses de l'amour ; en échange il demande
que nous ornions notre cœur des lys immaculés des
œuvres pures. »
Jean Tauler, in K. Richstätter, Die Herz-Jesu-Verehrung des
deutschen Mittelalters, Munich-Ratisbonne, 1924.
« Nous devons frapper à ce Cœur
ouvert et tout rempli d'amour, nous devons frapper au côté
ouvert du Seigneur. Nous devons y chercher refuge, en toute piété,
dans la conscience de notre profonde pauvreté et de notre
néant, comme le pauvre Lazare assis devant la porte de
l'Homme riche demandait une miette de sa miséricorde. »
Jean Tauler, Sermon.
21 JUIN
Ignace de Loyola
« Prière à Jésus-Christ,
par laquelle saint Ignace conseille de terminer la plupart des
colloques :
Ame très-sainte de Jésus-Christ, sanctifiez-moi.
Très-sacré corps de Jésus-Christ, sauvez-moi.
Très-précieux sang de Jésus-Christ, enivrez-moi.
Eau très-pure qui sortîtes du côté de
Jésus, lavez-moi.
Sueur pleine de vertu qui coulâtes du sacré visage
de Jésus-Christ, guérissez-moi.
Passion de Jésus-Christ, qui marquez si bien tout son amour,
fortifiez-moi.
O Jésus ! bon Jésus, gardez-moi.
Cachez-moi dans vos plaies.
Ne permettez pas que je sois jamais séparé de vous.
Défendez-moi des pièges de l'ennemi qui veut me
perdre.
Ordonnez que j'aille à vous.
Placez-moi auprès de vous,
Afin que je vous loue avec vos saints anges dans les siècles
des siècles.
Ainsi soit-il. »
Prière Anima Christi in Exercices spirituels de saint Ignace,
traduits en français par M. l'Abbé Clément,
Avignon, A. Chambeau Fils, 1825.
22 JUIN
Pierre Canisius
« J'étais à genoux…
quand, par un nouveau bienfait, vous m'avez envoyé (mon
Dieu !) un ange pour m'instruire et m'aider dans la vie plus parfaite
du religieux profès. Accompagné de cet esprit bienheureux,
je m'avançais vers l'autel, je tombais à genoux
et je connus quelle était la mission de cet autre ange
gardien. Mon âme difforme, impure et faible, souillée
par le vice et les passions, était gisante à terre.
L'ange, tourné vers le trône de la divine Majesté,
dévoilait l'étendue de mes misères et la
multitude de mes fautes, pour me faire comprendre toute mon indignité
; il semblait dire : Voyez comme il sera difficile de le conduire
dans une voie si haute !
Mais alors, ô mon divin Rédempteur ! vous m'avez
entr'ouvert votre Cœur adorable et vous m'avez permis d'y
plonger mon regard ; vous m'avez invité à puiser
en vous les eaux du salut, ordonné de boire à vos
fontaines sacrées. Comme je désirais avec ardeur
être inondé des flots d'amour, d'espérance
et de foi que j'en voyais jaillir ! Quelle soif de pauvreté,
de chasteté, d'obéissance ! Je vous suppliais de
me purifier, de me revêtir d'innocence comme au baptême.
Enfin, approchant mes lèvres brûlantes de votre Cœur
très doux, j'osai me désaltérer à
cette source divine ; et vous me promettiez, Seigneur, pour couvrir
la nudité de mon âme, un vêtement céleste,
composé de trois étoffes les mieux adaptées
à la profession : la paix, la charité, la constance.
Orné de ce vêtement de salut, j'avais pleine confiance
que rien ne me manquerait plus, et que tout me réussirait
pour votre gloire.
La messe des vœux fut célébrée, en présence
de tous nos frères, par le premier général
de notre Compagnie, votre fidèle serviteur Ignace.»
Pierre Canisius, Mémorial ( in Le Bienheureux Canisius,
ou l'apôtre de l'Allemagne au seizième siècle,
Paris, Douniol, 1865).
23 JUIN
François de Sales
« Dieu m'a donné cette nuit la pensée
que notre maison de la Visitation est par sa grâce assez
noble et assez considérable pour avoir ses armes, son blason,
sa devise et son cri d'armes. J'ai donc pensé, ma chère
Mère, si vous en êtes d'accord, qu'il nous faut prendre
pour armes un unique cœur percé de deux flèches,
enfermé dans une couronne d'épines, ce pauvre cœur
servant d'enclavure à une croix qui le surmontera, et sera
gravé des sacrés noms de Jésus et de Marie.
Ma fille, je vous dirai, à notre première entrevue,
mille petites pensées qui me sont venues à ce sujet
; car vraiment notre petite congrégation est un ouvrage
du Cœur de Jésus et de Marie. Le Sauveur mourant nous
a enfantés par l'ouverture de son Sacré Cœur,
il est donc bien juste que notre cœur demeure, par une soigneuse
mortification, toujours environné de la couronne d'épines
qui demeurera sur la tête de notre Chef, tandis que l'amour
le tient attaché sur le trône de ses mortelles douleurs.
»
Saint François de Sales, Lettre à sainte Jeanne
de Chantal, 10 juin 1611.
« O ma fille ! si vous regardez ce Cœur,
il est impossible qu'il ne vous plaise pas ; car c'est un Cœur
si doux, si suave, si condescendant, si amoureux des chétives
créatures, pourvu qu'elles reconnaissent leurs misères,
si gracieux envers les misérables, si bon envers les pénitents
! Eh ! qui n'aimerait ce Cœur royal, si paternellement maternel
envers nous ? »
Saint François de Sales, Lettre à une religieuse,
18 février 1618.
24 JUIN
Pierre de Bérulle
« Fils de Dieu, traitant avec une femme
surprise en adultère, montre la pitié et la douceur
de son Cœur… Suivons cette douceur et débonnaireté
de Notre-Seigneur envers l'humble et dévote Magdeleine…
Elle est collée et attachée à Jésus
en sa croix ; et ce sang ruisselant de Jésus est le ciment
qui joint le Cœur de Jésus et de Magdeleine ensemble.
Et Magdeleine est attachée à la croix de Jésus
par des clous plus forts que ceux dont les Juifs y ont attaché
son Sauveur et son Amour… Et Magdeleine ne parle point à
Jésus, comme Jésus ne parle point à Magdeleine.
Elle ne lui parle point en vérité, mais son cœur
parle et parle le langage d'amour qui est le langage du cœur…
Et le Cœur de Jésus parle à Magdeleine et pour
Magdeleine au Père éternel... Vous vivez en la terre
(ô Magdeleine) de la vie de Jésus, comme les saints
vivent au ciel de la vie de Dieu même. Là vous porterez
l'impression et l'opération de son Cœur dans votre
cœur, de son Esprit dans votre esprit, de sa vie dans votre
vie. »
Pierre de Bérulle, in Abbé Levesque, L'Origine du
Culte du Sacré-Cœur de Jésus, Avignon, Maison
Aubanel, 1930.
25 JUIN
François de Sales.
« Oui, Théotime, l'amour divin assis
sur le Cœur du Sauveur, comme son trône royal, regarde
par la fente de son côté percé tous les cœurs
des enfants des hommes : car ce Cœur étant le roi
des cœurs, tient toujours ses yeux sur les cœurs. […]
Oh ! si nous oyons ce divin Cœur, comme il chante, d'une
voix d'infinie douceur, le cantique de louange à la divinité
! Quelle joie, Théotime, quels efforts de nos cœurs
pour se lancer au ciel, afin de le toujours ouïr ! Il nous
y invite, certes, ce cher Ami de nos âmes… Viens,
dit-il, ma bien-aimée toute chère, et pour me voir
plus clairement, viens ès mêmes fenêtres par
lesquelles je te regarde. Viens considérer mon Cœur
en la caverne de l'ouverture de mon flanc, qui fut faite lorsque
mon corps comme une maison réduite en masure fut si piteusement
démoli sur l'arbre de la Croix. »
François de Sales, Traité de l'Amour de Dieu, Livre
V, ch. XI.
26 JUIN
Père Joseph du Tremblay
« Cœur de Jésus-Christ contient en soi la plénitude
de toutes les grâces et trésors du Père. C'est
de son Cœur et de son amour, dont le cœur est le symbole,
que tout notre bien procède. (V° Exhortation sur les
Cinq Plaies, ms. IX)
Voilà une bonne âme qui se met sur le Calvaire au
pied de la croix. Elle voit comme Notre-Seigneur l'attend, lui
ouvrant ses bras et son Cœur. Il lui dit : Voici que je t'attends,
ne crois pas que je me sois enfui pour tes ingratitudes, je suis
encore tout prêt à te recevoir. Tu crois que je suis
ton Dieu et Sauveur, que je suis mort pour toi ; opère
selon cette croyance et l'exemple que je t'ai montré. Tu
crois que je suis mort et ressuscité pour l'amour de toi
; il faut aussi que tu meures et ressuscites pour mon amour. Porte
la main dans mon Cœur, que j'ai ouvert, afin que tu puisses
y entrer. (III° Exhortation sur les Cinq Plaies, ms. IX)
L'âme doit ouvrir son cœur pour recevoir en soi le
Cœur du Fils de Dieu, le priant qu'il lui plaise s'écouler
et se verser en elle, ou bien recevoir son cœur en son Cœur,
afin que désormais il soit l'Esprit de son esprit, l'âme
de sa vie, le centre et le cœur de toutes ses pensées
et affections. (VII° Exhortation sur les Cinq Plaies, ms.
IX)
Au Calvaire, nous voyons son corps tout à découvert,
l'agneau occis y est brûlé dans le feu de son amour
et sert de nourriture aux âmes pour les fortifier en la
vie nouvelle qui s'acquiert par la mort. Il est vrai que l'on
n'y mange pas son corps d'une façon sanglante, mais l'on
s'y repaît de son Cœur, de manière que le banquet
du Calvaire est le Cœur ouvert du Fils de Dieu ; c'est son
amour et sa volonté qu'il nous donne pour nous soutenir
et sustenter ; c'est ce dont il veut que nous nous repaissions,
comme les aigles qui ne se nourrissent que des cœurs. Ainsi
faut-il qu'en la communion nous ayons ce dessein principal de
manger ce Cœur du Fils de Dieu, et d'être faits une
même chose avec lui par l'union et transformation de notre
volonté en la sienne […] Si vous ne mangez ce Cœur,
si vous ne transformez votre amour, votre volonté dans
celle du Fils de Dieu, dont le Cœur est le symbole, vous
n'accomplirez pas les desseins qu'il a en se donnant à
vous, vous ne tirerez pas de profit de la communion et le banquet
de Sion ne vous servira de rien, si vous ne venez à celui
du Calvaire. 1° Exhortation sur le Saint-Sacrement, ms. III)
»
Père Joseph du Tremblay, in Abbé Louis Dedouvres,
Un Précurseur de la B. Marguerite-Marie : Le Père
Joseph et le Sacré-Cœur, Angers, Germain et G. Grassin,
1899.
27 JUIN
Jeanne de Chantal
« Considérez que, non seulement
notre doux Sauveur nous montra son amour par toute l'œuvre
de la Rédemption, avec tous les chrétiens, mais
qu'il nous oblige spécialement, nous autres de la Visitation,
par le don et faveur qu'il a faits à notre ordre et à
chacune de nous en particulier de son Cœur, ou, pour mieux
dire, des vertus qui y résident, puisqu'il a fondé
notre très aimable institut sur ces deux principes : Apprenez
de moi que je suis doux et humble de cœur… C'est le
partage qui nous est échu de tous ses trésors, ayant
donné aux autres ordres, à l'un l'éminence
de l'oraison, à l'autre la solitude, à l'autre l'austérité,
mais à nous ce qu'il estimait sans doute le plus cher,
puisque son précieux Cœur en est le dépositaire
; que nous pouvons avoir cette satisfaction, si nous apprenons
et pratiquons bien la leçon que cet amoureux Sauveur nous
donne, que nous aurons l'honneur de porter le titre de Filles
du Cœur de Jésus.»
Sainte Jeanne de Chantal, Exercices spirituels pour les dix jours
de solitude, Méditation VIII : De l'amour que Jésus
nous porte, 4° Considération. La Mère Hélène-Angélique
L'Huillier serait le véritable auteur de cet ouvrage, attribué
à Jeanne de Chantal.
28 JUIN
Jean-Baptiste Noulleau
… La seconde expression de la religion chrétienne,
c'est qu'elle consiste toute dans l'adoration de Dieu selon l'Esprit
de Jésus-Christ et dans l'amour de Dieu selon le Cœur
de Jésus-Christ, qui est la vraie adoration de tous les
chrétiens en esprit et en vérité… Car
quel moyen d'adorer Dieu comme il veut être adoré,
que de le faire dans l'Esprit de Jésus-Christ ? Et quel
moyen de l'aimer en vérité, comme il mérite
d'être aimé, que de le faire, pour ainsi dire, avec
le Cœur même de Jésus-Christ, qui est à
nous et que nous pouvons nous approprier à cette grande
fin, quand nous voulons, aussi bien que toute sa Personne, pour
adorer en cet Esprit et en ce Cœur, qui sont plus à
nous que nous-mêmes ? »
« Jésus-Christ, j'adore votre Cœur comme le
Cœur du pur amour de Dieu. J'adore en vous, ô Jésus
mon Seigneur, tout l'amour que vous avez pour Dieu. Je l'aime
dans votre Cœur comme je l'aimerais dans le mien… O
Cœur de Jésus-Christ, aimez Dieu pour nous comme vous
l'aimez. Satisfaites, en la place de tous les hommes, à
l'amour que tous les hommes lui doivent. Suppléez même
pour eux à tous les défauts de l'amour que, lui
devant, ils ne lui rendent pas. Que je suis et que je serai éternellement
ravi de voir en vous un Cœur qui contente le Cœur de
Dieu ! »
Jean-Baptiste Noulleau, L'Esprit du christianisme, in Abbé
Levesque, L'Origine du Culte du Sacré-Cœur de Jésus,
Avignon, Maison Aubanel, 1930.
29 JUIN
Marie de l'Incarnation
« C'est par le Cœur de mon Jésus, ma Voie, ma
Vérité et ma Vie que je m'approche de vous, ô
Père éternel.
Par ce divin Cœur, je vous adore pour tous ceux qui ne vous
adorent pas, je vous aime pour tous ceux qui ne vous aiment pas,
je vous reconnais pour tous les aveugles volontaires qui par mépris
ne vous connaissent pas.
Je veux par ce divin Cœur satisfaire au devoir de tous les
mortels. Je fais en esprit le tour du monde pour y chercher toutes
les âmes rachetées du Sang précieux de mon
Sauveur. Je les embrasse pour vous les présenter par lui,
et par lui, je vous demande leur conversion.
Sur cet adorable Cœur, je vous présente tous les ouvriers
de l'Evangile, afin que par ses mérites vous les remplissiez
de l'Esprit-Saint.
O Verbe Incarné, Jésus mon Bien-Aimé, vous
savez tout ce que je veux dire à votre Père par
votre divin Cœur. Je vous le dis en le lui disant, parce
que vous êtes dans votre Père et que votre Père
est en vous. Faites donc que tout cela s'accomplisse et joignez-vous
à moi pour fléchir par votre Cœur celui de
votre Père. Faites, selon votre parole, que comme vous
êtes une même chose avec lui, toutes les âmes
que je vous présente soient aussi une même chose
avec lui et avec vous. »
Marie de l'Incarnation, Lettre CLIII à son fils dom Claude
Martin (16 sept.1661).
30 JUIN
saint Jean Eudes
« [Le Seigneur] lui fit donc paraître
son Cœur comme une vaste et immense fournaise d'amour dans
laquelle Il l'enferma les jours et les nuits, durant l'espace
de trois semaines ou d'un mois. Là elle puisa tant de grâces
dans leur source et parvint à une telle sainteté
que ses progrès parurent plus grands en un seul jour qu'ils
n'avaient été auparavant en des années entières…
Toutefois parmi tant de richesses et de bonheur, elle vit que
ce divin Cœur avait été noyé dans les
abîmes profonds de douleur et d'amertume ; qu'il avait été
abattu et languissant de tristesse, à cause des péchés
des hommes. Mais nonobstant, elle connut en ce Cœur très
bénin un si adorable transport pour ceux qui lui avaient
causé tant de maux, que cela ne peut pas exprimer. »
Œuvres de saint Jean Eudes, VIII, pp. 300-302.