MOIS DU SACRE CŒUR


"La dévotion au Coeur de Jésus est la synthèse de toute la religion catholique", affirmait le Pape Pie XII. Tout nous vient du Coeur de Jésus : l'Eglise, le Pardon, l'Eucharistie et la Vierge Marie.

Jésus, debout dans le Temple, s'écria : "Si quelqu'un a soif, qu'il vienne à moi et qu'il boive, celui qui croit en moi", selon le mot de l'Ecriture : "De son sein couleront des fleuves d'eau vive". (Jn 7, 37-39)

Le Coeur de Jésus a été ouvert sur la croix par la lance du soldat et depuis ce temps, il en sort des fleuves d'amour, de tendresse et de miséricorde. Jésus, en montrant son Coeur à sainte Marguerite-Marie, a fait des promesses à ceux qui auront une dévotion envers son Coeur, c'est-à-dire à "ceux qui regarderont vers Celui qu'ils ont transpercé". Retenons celle-ci : "Les âmes tièdes deviendront ferventes et les ferventes progresseront rapidement dans la sainteté".

"Par son sacrifice unique, il a mené pour toujours à leur perfection ceux qui reçoivent de lui la sainteté". (Hb 10, 14)

Le Coeur de Jésus est fournaise ardente, et Il nous invite à nous en approcher pour être remplis de son Amour.

Le Pape Jean XXIII, dans son "Journal de l'Ame", livre le secret de la fécondité de sa vie : "Aujourd'hui, tout ce qui concerne le Sacré-Coeur de Jésus m'est devenu familier et très cher ; ma vie semble destinée à se dépenser sous la lumière qui émane du tabernacle et c'est au Coeur de Jésus que je dois recourir pour trouver la solution de tous mes troubles. J'ai la conviction que je serais prêt à verser mon sang pour la cause du Sacré-Coeur. Je veux que la dévotion au Sacré-Coeur, enracinée dans le sacrement d'Amour, soit la mesure de tout mon progrès spirituel".


Traditonnellement le mois de juin est consacré à la contemplation de l’amour de Dieu manifesté par le Christ .

Pour chaque jour nous vous proposons un texte sur la spiritualité du Sacré Cœur afin de nourrir votre prière .

+ antoine marie

1 JUIN

Jean 7,37-38
Le dernier jour, le grand jour de la fête,
Jésus, se tenant debout, s'écria :
Si quelqu'un a soif, qu'il vienne à moi, et qu'il boive.
Celui qui croit en moi, des fleuves d'eau vive couleront de son sein, comme dit l'Ecriture.
(ou)
Le dernier jour, le grand jour de la fête,
Jésus, se tenant debout, s'écria :
Si quelqu'un a soif, qu'il vienne à moi,
et qu'il boive, celui qui croit en moi.
Des fleuves d'eau vive couleront de son sein, comme dit l'Ecriture.
(le terme grec utilisé ici est "koila", qui signifie littéralement "entrailles". En araméen, qui était la langue parlée par le Sauveur, ce terme est un synonyme exact du mot "cœur")

Jean 19,34-37
Un des soldats lui perça le côté avec une lance, et aussitôt il sortit du sang et de l'eau.
Celui qui l'a vu en a rendu témoignage, et son témoignage est vrai ; et il sait qu'il dit vrai, afin que vous croyiez aussi.
Ces choses sont arrivées, afin que l'Ecriture fût accomplie : Aucun de ses os ne sera brisé.
Et ailleurs l'Ecriture dit encore : Ils verront celui qu'ils ont percé.
(cf. Zach.12,10 et Apoc.1,7)

Jean 4,14
Celui qui boira de l'eau que je lui donnerai n'aura jamais soif, et l'eau que je lui donnerai deviendra en lui une source d'eau qui jaillira jusque dans la vie éternelle.


2 JUIN

Psaume 16,9-10
Aussi mon cœur est dans la joie, mon esprit dans l'allégresse,
Et mon corps repose en sécurité.
Car tu ne livreras pas mon âme au séjour des morts,
Tu ne permettras pas que ton bien-aimé voie la corruption.
(cf. Act. 2,30-31 & 13,35)

Psaume 22,15
Je suis comme de l'eau qui s'écoule,
Et tous mes os se séparent ;
Mon cœur est comme de la cire,
Il se fond dans mes entrailles.
(voir l'ensemble de ce Psaume 22)

Psaume 40,7-9
Tu ne désires ni sacrifice ni offrande,
Tu m'as ouvert les oreilles ;
Tu ne demandes ni holocauste ni victime expiatoire.
Alors je dis: Voici, je viens.
Avec le rouleau du livre écrit pour moi.
Je veux faire ta volonté, mon Dieu !
Et ta loi est au fond de mon cœur.
(cf. Hébr. 10,5-7)

Psaume 69,21 et 33
L'opprobre me brise le cœur, et je suis malade ;
J'attends de la pitié, mais en vain,
Des consolateurs, et je n'en trouve aucun.

Les malheureux le voient et se réjouissent ;
Vous qui cherchez Dieu, que votre cœur vive !
(le terme hébreu utilisé ici est "lebab", traduit par "psyché" en grec, et par "cor" en latin)
(voir l'ensemble de ce Psaume 69, présent dans la liturgie du Sacré-Cœur)


3 JUIN

Isaïe 12,3-4
Vous puiserez de l'eau avec joie aux sources du salut,
Et vous direz en ce jour là :
Louez l'Eternel, invoquez son nom,
Publiez ses œuvres parmi les peuples,
Rappelez la grandeur de son nom !
(Haurietis aquas in gaudio de fontibus Salvatoris : citation reprise aux premiers mots de l'Encyclique de Pie XII, le 15 mai 1956)

Jérémie 30,21
Son chef (d'Israël) sera tiré de son sein,
Son dominateur sortira du milieu de lui ;
Je le ferai approcher, et il viendra vers moi ;
Car qui oserait de lui-même s'approcher de moi ?

Jérémie 30,23-24
Voici, la tempête de l'Eternel, la fureur éclate,
L'orage se précipite,
Il fond sur la tête des méchants.
La colère ardente de l'Eternel ne se calmera pas,
Jusqu'à ce qu'il ait accompli, exécuté les desseins de son cœur.
Vous le comprendrez dans la suite des temps.
(Prophétie insérée dans les lectures de la Fête du Sacré-Cœur)

Jérémie 31,33-34
Mais voici l'alliance que je ferai avec la maison d'Israël,
Après ces jours-là, dit l'Eternel :
Je mettrai ma loi au dedans d'eux,
Je l'écrirai dans leur cœur ;
Et je serai leur Dieu,
Et ils seront mon peuple.
Celui-ci n’enseignera plus son prochain,
Ni celui-là son frère, en disant :
Connaissez l’Eternel !
Car tous me connaîtront,
Depuis le plus petit jusqu’au plus grand, dit l’Eternel ;
Car je pardonnerai leur iniquité,
Et je ne me souviendrai plus de leur péché.
(Texte lu à la Fête du Sacré-Cœur dans l'Office des Laudes du "Livre d'heures romain")

Jérémie 32,41-42
Je prendrai plaisir à leur faire du bien,
Et je les planterai véritablement dans ce pays,
De tout mon cœur et de toute mon âme.
Car ainsi parle l'Eternel :
De même que j'ai fait venir sur ce peuple tous ces grands malheurs,
De même je ferai venir sur eux tout le bien que je leur promets.


4 JUIN

Ezéchiel 11,19-20
Je leur donnerai un même cœur, et je mettrai en vous un esprit nouveau ; j'ôterai de leur corps le cœur de pierre, et je leur donnerai un cœur de chair, afin qu'ils suivent mes ordonnances, et qu'ils observent et pratiquent mes lois ; et ils seront mon peuple, et je serai leur Dieu.

Ezéchiel 36,26-27
Je vous donnerai un cœur nouveau, et je mettrai en vous un esprit nouveau ; j'ôterai de votre corps le cœur de pierre, et je vous donnerai un cœur de chair. Je mettrai mon esprit en vous, et je ferai en sorte que vous suiviez mes ordonnances, et que vous observiez et pratiquiez mes lois.
(faite suite à 36,25, sur l'eau purifiante, cf. ci-dessous)

Osée 2,16-18 & 21-22
C'est pourquoi voici, je veux l'attirer et la conduire au désert, et je parlerai à son cœur.
En ce jour-là, dit l'Eternel, tu m'appelleras : Mon mari ! et tu ne m'appelleras plus : Mon maître !
Je serai ton fiancé pour toujours ; je serai ton fiancé par la justice, la droiture, la grâce et la miséricorde ; je serai ton fiancé par la fidélité, et tu reconnaîtras l'Eternel.

Zacharie 12,10
Alors je répandrai sur la maison de David et sur les habitants de Jérusalem un esprit de grâce et de supplication, et ils tourneront les regards vers moi, celui qu'ils ont percé. Ils pleureront sur lui comme on pleure sur un fils unique, ils pleureront amèrement sur lui comme on pleure sur un premier-né.


5 JUIN

Epître aux Romains 8,15
Et vous n'avez point reçu un esprit de servitude, pour être encore dans la crainte ; mais vous avez reçu un Esprit d'adoption, par lequel nous crions : Abba ! Père !

Epître aux Galates 4,6
Et parce que vous êtes fils, Dieu a envoyé dans nos cœurs l'Esprit de son Fils, lequel crie : Abba ! Père !

Epître aux Philippiens 1,7-8
Il est juste que je pense ainsi de vous tous, parce que je vous porte dans mon cœur, soit dans mes liens, soit dans la défense et la confirmation de l'Evangile, vous qui tous participez à la même grâce que moi.
Car Dieu m'est témoin que je vous chéris tous avec la tendresse de Jésus-Christ.
(le terme grec "splangchna" utilisé ici, traduit en latin par "viscera", est un synonyme de "kardia", voir plus haut)

Apocalypse 22,1 & 16-17
Et il me montra un fleuve d'eau de la vie, limpide comme du cristal, qui sortait du trône de Dieu et de l'agneau.

Je suis le rejeton et la postérité de David, l'étoile brillante du matin.
Et l'Esprit et l'épouse disent: Viens. Et que celui qui entend dise: Viens. Et que celui qui a soif vienne ; que celui qui veut, prenne de l'eau de la vie, gratuitement.
(Viens : cf. 1Col.16,22 : Maran atha, mots araméens que l'on retrouve aujourd'hui dans la liturgie, et qui signifient Le Seigneur vient. On peut lire aussi Marana tha, qui signifie alors Seigneur, viens)


Signalons enfin que le Christ lui-même se présente comme un Maître au Cœur humble et doux, auprès duquel l'homme pourra trouver le repos :

Matthieu 11,25-30
Venez à moi, vous tous qui êtes fatigués et chargés, et je vous donnerai du repos.
Prenez mon joug sur vous et recevez mes instructions, car je suis doux et humble de cœur ; et vous trouverez du repos pour vos âmes.
Car mon joug est doux, et mon fardeau léger.


6 JUIN

Anselme archevêque de Canterbury.

« Jésus a été doux quand il inclina la tête et rendit le dernier soupir ; doux, quand il étendit les bras ; doux, quand son côté fut ouvert par la lance ; doux, quand ses deux pieds furent percés d'un clou.
[…] Doux, quand il étendit les bras. En étendant les bras, il nous montre qu'il désire ardemment nous serrer contre son Cœur, et je crois l'entendre nous dire : O vous ! qui êtes fatigués et qui portez le poids du jour, venez réparer, sur ma poitrine et au sein de mes embrassements, vos forces épuisées. Regardez, je suis prêt : mes bras peuvent vous contenir tous. Venez donc sans exception, et que personne ne craigne d'être repoussé. Je ne veux pas la mort du pécheur, mais plutôt qu'il se convertisse et qu'il vive ; mes délices les plus chères sont d'habiter avec les enfants des hommes.
Doux, quand son côté fut ouvert par la lance. Cette blessure ne nous a-t-elle pas révélé les trésors infinis de sa bonté, c'est-à-dire toute la charité de son Cœur pour nous ?
O Jésus débonnaire ! Maître si humble, Maître si compatissant, vous êtes doux à notre cœur, doux à notre bouche, doux à notre oreille. Votre suavité surpasse toute mesure et toute expression...»
Saint Anselme, Méditation X sur la Passion du Christ (Migne, Patrol. Lat., t. CLVIII).

7 JUIN
« Examinez, je vous prie, quel est le disciple qui repose sur son Cœur et penche la tête sur sa glorieuse poitrine. Ah ! quel qu'il soit, que son sort est digne d'envie ! mais voilà que je l'ai reconnu. Jean est son nom. O Jean ! quelle douceur, quelle grâce, quelle lumière et quelle dévotion vous puisez à cette source ineffable ! Là, certes, sont cachés tous les trésors de la sagesse et de la science divines. Là, coule la source de la miséricorde infinie ; là est le tabernacle de la tendresse sans bornes ; là est le rayon de la suavité éternelle.»
Saint Anselme, Méditations, XV (Migne, Patrol. Lat., t. CLVIII).


8 JUIN

saint Bernard

« Puisque nous sommes une fois parvenus au Cœur très doux de Jésus et qu'il nous est bon d'être là, ne nous laissons pas facilement séparer de Celui dont il est écrit : Ceux qui s'éloignent de vous seront écrits sur la terre. Et ceux qui s'approchent, quel sera leur sort ? Vous-même vous nous l'apprenez, en disant à ceux qui s'approchent de vous : Vos noms sont écrits dans le ciel. Approchons-nous donc de lui, et nous tressaillirons et nous nous réjouirons en lui, au souvenir de son Cœur. Oh ! qu'il est bon, qu'il est doux d'habiter dans ce Cœur ! Trésor précieux que votre Cœur, ô très miséricordieux Jésus ! Perle incomparable trouvée en fouillant le champ de votre corps ! Qui voudrait rejeter cette perle ? Je donnerai tout plutôt, j'échangerai toutes les pensées et affections de mon âme pour l'acheter ; je fixerai tous mes désirs dans le Cœur de mon Seigneur Jésus ; et sans aucun doute il me nourrira de son amour. Dans ce Temple, dans ce Saint des saints, dans cette Arche du Testament, j'adorerai, je louerai le nom du Seigneur, disant avec David : J'ai trouvé mon cœur pour prier mon Dieu. Et moi aussi, j'ai trouvé le Cœur de mon roi, de mon frère, de mon tendre ami Jésus : ne prierai-je donc pas ? Oui, très doux Jésus, ayant trouvé votre Cœur et mon cœur, je vous prierai, vous mon Dieu. Ouvrez seulement à ma prière le sanctuaire de vos intimes audiences ; ou plutôt attirez-moi tout entier dans votre Cœur. O Jésus ! le plus beau des enfants des hommes, lavez-moi toujours davantage de mon iniquité, effacez mieux encore mon péché, afin que, purifié par vous, je mérite d'approcher de vous, pureté infinie, d'habiter dans votre Cœur tous les jours de ma vie, et qu'il me soit donné de voir et de faire ainsi votre sainte volonté.
Si, en effet, votre côté a été percé, n'est-ce pas pour que l'entrée nous en demeure ouverte ? Oui, votre Cœur a été blessé, afin que, nous dérobant aux agitations extérieures, nous puissions habiter en lui, en vous-même. Il a été blessé encore afin que cette blessure visible nous manifestât l'invisible blessure de votre amour. Pouviez-vous mieux révéler votre ardente charité qu'en permettant que non seulement votre corps, mais votre Cœur lui-même fût blessé de la lance ? Blessure charnelle qui laisse voir la blessure spirituelle ! Qui n'aimerait un Cœur blessé de la sorte ? Qui ne lui rendrait amour pour amour ? Qui se refuserait à ses chastes embrassements ? Nous donc, encore renfermés dans ce corps périssable, aimons de toutes nos forces, payons de quelque retour, embrassons avec tendresse notre divin Blessé, dont des bourreaux impies ont percé les mains, les pieds, le côté, le Cœur ; et demandons avec instance qu'il daigne étreindre du lien et blesser du trait de son amour notre cœur dur encore et impénitent. »
Saint Bernard, Traité sur la Passion du Seigneur, chap. III, 18 (Migne, Patrol. Lat., t. CLXXXIV, p.643).


9JUIN

« Ils ont percé ses mains et ses pieds, la lance s'est enfoncée dans la poitrine ; par ces ouvertures, je puis sucer le miel sorti de la pierre, l'huile qui coule du très dur rocher, je puis goûter et voir combien le Seigneur est bon. Sa pensée était une pensée de paix, et je ne le savais pas. Qui donc peut connaître les desseins du Seigneur et lui donner des conseils ! Les clous qui percent, les clous qui s'enfoncent me découvrent la volonté du Seigneur. Pourquoi ne pas regarder par l'ouverture ? Le clou parle, la plaie parle ; ils disent que Dieu est bien dans le Christ faisant la paix avec le monde. Le fer a transpercé son âme ; il a touché son Cœur, ainsi a-t-il appris à compatir à nos infirmités. Je vois le secret du Cœur par la blessure du corps, je vois le grand mystère de la bonté, la profondeur des miséricordes divines, qui nous ont valu la visite de celui qui est descendu des hauteurs du ciel. »
Saint Bernard, Sermon LXI sur le Cantique des Cantiques.


10 JUIN


Richard de Saint-Victor

« Si nous considérons le Cœur de Jésus-Christ, rien n'est plus doux, rien n'est plus miséricordieux. Jamais créature ne lui fut, ne lui sera comparable en douceur. Quoi de plus suave que ce Cœur que nulle malice n'émeut, qui n'eut et ne put jamais avoir ni fiel ni amertume ?… Il y avait en ce Cœur une égale plénitude de douceur et de bonté. Jugez, si vous le pouvez, combien cette douceur fut grande, puisqu'elle ne put être en rien diminuée ni altérée par de si amères douleurs ! Pendant qu'il souffrait, il avait plus de compassion pour ses ennemis que pour ses propres membres. Entre tous les hommes, le divin Emmanuel eut un Cœur tendre à la pitié, et jamais personne ne sut comme lui répondre aux affections du cœur. »
Richard de Saint-Victor, Traité De l'Emmanuel, L. II, chap. IV, 21 (Migne, Patrol. Lat., t. CXCVI, col.655)


11 JUIN


Mechtilde de Hackeborn

« Un jour le Seigneur dit à Mechtilde : «Le matin de ton lever, salue le Cœur tendre et fort de ton très doux amant car c'est de lui que tout bien, toute joie, toute félicité ont découlé, découlent et découleront sans fin au ciel et sur la terre. Emploie toutes tes forces à verser ton propre cœur dans ce Cœur divin en lui disant : "Louange, bénédiction, gloire et salut au très doux et bienveillant Cœur de Jésus-Christ, mon très fidèle amant ! Je te rends grâce pour la garde fidèle dont tu m'as entourée, pendant cette nuit où tu n'as cessé d'offrir à Dieu le Père les actions de grâces et les hommages que je lui devais.
Et maintenant, O mon unique amour, je t'offre mon cœur comme une rose fraîchement épanouie dont le charme attire les yeux tout le jour et dont le parfum réjouit ton divin cœur.
Je t'offre aussi mon cœur comme une coupe qui te servira à t'abreuver de ta propre douceur et des opérations que tu daigneras opérer en moi aujourd'hui. Je t'offre mon cœur comme une grenade d'un goût exquis digne de paraître à ton royal festin, afin que tu l'absorbes si bien en toi-même qu'il se sente désormais heureux au-dedans de ton cœur divin. Je te prie de diriger aujourd'hui toutes mes pensées, mes paroles, mes actions et mon bon vouloir selon le bon plaisir de Ta volonté. Amen". »
Sainte Mechtilde, Livre de la grâce spéciale, Mame, Tours, 1921.


12 JUIN

« Une fois encore, remplie de tristesse elle gémissait de se voir inutile, parce que la maladie l'empêchait de garder l'observance. Alors elle entendit le Seigneur lui dire : "Ah ! Viens à mon secours, laisse-moi rafraîchir en toi l'ardeur de mon Cœur divin". Par cette parole, elle comprit que toute personne qui supporte volontiers les peines et les tristesses en union avec l'amour qui fit supporter à Jésus-Christ sur la terre tant d'afflictions et une mort ignominieuse, offre au Seigneur de rafraîchir en elle l'ardeur de son Cœur divin. N'est-il pas toujours à la recherche du salut de l'homme ? En effet, comme le Seigneur ne peut plus maintenant souffrir lui-même, il se fait suppléer par ses amis, par ceux qui adhèrent à lui dans la fidélité. Et lorsque l'âme, qui aura été sur la terre le rafraîchissement du Cœur divin, entrera dans le ciel, elle volera droit vers le Cœur de Dieu, et elle ira, dans les flammes de ce Cœur embrasé, se consumer tout entière avec ce qu'elle aura supporté pour le Christ. »
Sainte Mechtilde, Livre de la grâce spéciale, Mame, Tours, 1921.


13 JUIN

Mechtilde de Magdebourg,

« Dans mes grandes souffrances Dieu se révéla à mon âme, il me montra la plaie de son Cœur et dit : Vois comme on m'a fait souffrir. Mon âme lui dit : Hélas ! Seigneur, pourquoi souffrez-vous à ce point, pourquoi votre sang est-il répandu en si grande abondance ? Votre prière ne suffisait-elle pas à racheter le monde ? Non, répondit-il, cela ne suffit pas à mon Père. Car tout ce dénuement, toutes ces peines, ces souffrances et ces opprobres, tout cela n'était qu'un faible coup frappé à la porte du ciel ; et les cieux ne s'ouvrirent qu'au moment où le sang de mon Cœur s'écoula jusqu'à terre. […]
Si, sincèrement, tu veux changer de vie
Regarde ton époux, le Roi de l'Univers
Regarde : il a voulu être cloué en croix
Tout ruisselant de sang, devant toute la Terre,
Brisé ; ses yeux sont plein de larmes ;
Mais Son Cœur très doux déborde d'amour.
Songe à la blessure de la lance cruelle
Qui s'est enfoncée jusqu'au tréfonds du Cœur ;
Et déplore tes crimes. »
Mechtilde de Magdebourg, La lumière de la Divinité.

« Ô mépris déplorables ! ô douleurs lamentables ! que celles qui s'abattent sur votre auguste corps et sur votre doux Cœur ! Aidez-moi, Seigneur bien-aimé, à supporter dans votre amour tous mes mépris et toutes mes souffrances… O corps auguste qui est mort pour moi, bien-aimé Jésus ! je vous prie d'accorder à tous mes sens de pouvoir sans cesse se réjouir de cette lance ensanglantée, de la plaie de votre doux Cœur, et à mon âme misérable de s'y réjouir éternellement, ainsi qu'à tous ceux pour qui je dois et je veux chrétiennement prier. Amen. »
Mechtilde de Magdebourg, La lumière de la Divinité.

14 JUIN

David d'Augsbourg, Franciscain, prêche en Allemagne du Sud.

« Du Cœur enflammé de Jésus coule son sang tout brûlant d'amour. Du haut de la croix Jésus nous montre son Cœur très fidèle et tout brûlant d'amour, car la mort de nos âmes l'a touché plus que la destruction de son propre corps. Seigneur Jésus-Christ, combien tu prouves ton amour et ta soif des âmes, en découvrant les richesses de ton Cœur et en ouvrant ce Cœur à tes amis de prédilection. […]
Seigneur bien-aimé, Jésus-Christ, réchauffez et embrasez mon cœur qui soupire vers vous, embrasez-le par le sang brûlant d'amour qui a coulé de votre Cœur sur la croix très sainte. Nous savons qu'il a jailli de votre Cœur brûlant d'amour. En effet votre corps était mort et froid et le sang n'aurait pu s'en échapper par les seules forces de la nature, car nous voyons bien que chez les morts le sang reste figé. Mais chez vous il n'en est pas ainsi. Par là vous avez voulu nous faire comprendre que votre sang bouillonnait sous l'effet de la fournaise ardente d'amour de votre Cœur, qu'il s'échappe de votre côté blessé comme une source infiniment délectable. »
David d'Augsbourg, in Deutsche Mystik des XIV Jahrhunderts, Pfeiffer, Leipzig, 1845.

15 JUIN

Albert le Grand

« Il y a trois témoins qui rendent témoignage sur la terre : l'esprit, l'eau et le sang (1 Jean 8) ; l'esprit, que Jésus rendit à son Père au milieu des douleurs ; l'eau, qui coule de son côté ; et le sang, qu'il a versé de son cœur, sont les témoins de son amour le plus ardent. […]
Par le sang de son Cœur et de son côté, le Seigneur a arrosé le jardin de son Eglise, car il a fait jaillir en même temps les sacrements de son Cœur. […]
Son Cœur débordait d'amour de pouvoir s'unir à nous, et remplir notre cœur de joie et d'allégresse. »
Saint Albert le Grand, Sermon 27-28 De Eucharistia.

« Il a voulu être blessé au Cœur, pour que nous ne nous lassions jamais de contempler son Cœur. »
Saint Albert le Grand, In Joannem.

16 JUIN
Bonaventure

« Ton Cœur, ô parfait Jésus, est le bon trésor, la perle précieuse que nous avons trouvée dans le champ labouré de ton corps. Qui donc rejetterait cette perle ? Je donnerai plutôt mes bijoux, j'échangerai contre elle toutes mes pensées et mes affections et je me l'achèterai, jetant tout souci dans le Cœur du bon Jésus qui, sans tromperie, me nourrira. J'ai trouvé le Cœur du Roi, mon Seigneur, mon frère et mon ami, le très doux Jésus. Car son Cœur est à moi. Ayant trouvé ce Cœur, ô très doux Jésus, qui est le tien et le mien, je te prierai, ô mon Dieu. Accueille mes prières avec condescendance, ou plutôt prends-moi tout entier dans ton Cœur…
Ton côté a été percé : c'est pour que, à l'abri de tous les orages du dehors, nous puissions demeurer en cette vigne. Pourquoi encore blessé ? Pour que, par cette blessure visible, nous voyions la blessure invisible de ton amour. Qui aime ardemment est blessé d'amour : comment mieux montrer cette ardeur qu'en laissant la lance blesser, non seulement le corps, mais aussi le Cœur lui-même ? La blessure charnelle rappelle la blessure spirituelle…
Qui n'aimerait ce Cœur déchiré d'une telle blessure ? Qui n'aimerait ce Cœur si aimant ? Qui n'embrasserait ce Cœur si pur ? Nous donc, qui vivons encore dans la chair, répondons autant que nous le pouvons à l'amour de celui qui nous a aimés, embrassons-le, lui qui fut blessé pour nous, lui dont les mains et les pieds, le côté et le Cœur furent percés pour nous. Et prions-le d'enchaîner d'un lien d'amour notre cœur jusqu'ici dur et impénitent, et de le blesser d'un trait de son amour. »
Saint Bonaventure, La Vigne mystique (écrit qui lui est attribué).

17 JUIN

Gertrude la Grande entre au monastère d'Helfta, en Saxe. Nous lui devons le récit des premières apparitions du Sacré Cœur relatées dans l'histoire de la mystique chrétienne. Favorisée de nombreuses grâces divines, elle fera le récit de sa vie et des révélations reçues dans un ouvrage qui sera édité par le Chartreux Lansperge (1489-1539), et sera lu dans bien des monastères d'occident : le Legatus amoris divini, traduit en français sous le titre de Héraut de l'Amour divin.

« Voici que j'offre aux regards de ton âme mon Cœur sacré, instrument mélodieux dont les accents suaves charment toujours l'infinie Trinité. Prie-le de réparer tes fautes, les faiblesses de ta vie ; tes œuvres deviendront alors devant mes yeux parfaites et agréables… En n'importe quel temps, il peut réparer tes négligences… Mon Cœur sacré attend, avec une soif dévorante, que tu l'invites, soit par tes paroles, soit par un signe, que tu le presses d'achever, de perfectionner les actes de ta vie, chose que tu es incapable de réaliser de ton propre chef. »
Sainte Gertrude, Le Héraut de l'Amour divin.

« J'avais engagé une personne à dire chaque jour à son oraison la prière suivante pour moi : "O très aimable Seigneur, je vous prie par votre Cœur transpercé, de transpercer le cœur de Gertrude des traits de votre amour". Le dimanche suivant, comme j'allais à la communion, ô mon divin Sauveur, vous excitâtes dans mon intérieur un désir si ardent que je fus contrainte de dire moi-même ces paroles : "Seigneur, je vous supplie par votre infinie bonté que vous daigniez transpercer mon cœur des traits de votre amour". Et je sentis à l'instant que ma prière avait touché votre divin Cœur. Car je vis que de la plaie de la main droite du crucifix, il partait un rayon de feu en forme d'une flèche aiguë, lequel s'étendait vers moi, et puis se retirait d'une manière ravissante comme pour exciter mes désirs. Cela dura jusqu'au mercredi, auquel jour, la messe étant finie, voilà que tout à coup et comme à l'improviste, vous vous trouvâtes présent devant moi et vous fîtes une blessure à mon cœur. »
Sainte Gertrude, Le Héraut de l'Amour divin.


18 JUIN


« J'étais depuis peu entrée dans ma vingt-sixième année, lorsque le lundi qui précède la Purification, après l'office des Complies, profitant de l'heure si douce du crépuscule, vous avez daigné, ô véritable Lumière qui brillez au milieu des ténèbres, mettre un terme à ce jour de ma vanité puérile, tout obscurci par les nuages épais de mon ignorance. […] Parmi les faveurs sans nombre dont vous m'avez comblée, il en est deux que je place au-dessus de toutes les autres. D'abord vous avez imprimé sur mon cœur les joyaux splendides de vos plaies sacrées. Vous m'avez encore fait une blessure d'amour si profonde et si efficace. Ne m'auriez-vous jamais octroyé d'autre consolation intérieure ou extérieure, dans ces deux seuls bienfaits vous m'avez accordé tant de bonheur que, devrais-je vivre mille ans, je trouverais toujours en eux une source intarissable de joie, de lumière, de béatitude et de reconnaissance.
A ces grâces, vous avez encore ajouté un autre privilège non moins précieux : vous m'avez enrichie de l'incomparable douceur de votre amitié ; vous m'avez, pour que j'y prenne mes délices, livré l'arche sainte de votre divinité, votre Sacré Cœur. Tantôt vous me le donniez gratuitement, tantôt vous le changiez contre le mien, afin de me fournir un nouveau gage de votre dilection. Par lui vous m'avez manifesté les intimes secrets de vos jugements ; vous m'avez révélé vos charmes infinis ; tant de fois vous avez enivré mon âme des témoignages exquis de votre tendresse… »
Sainte Gertrude, Le Héraut de l'Amour divin.

« Le Seigneur la fit entrer en un lieu admirable plus qu'on ne saurait dire : c'était le Cœur de Jésus lui-même, disposé en forme de maison, où celle-ci devait célébrer la fête de la Dédicace. Lorsqu'elle y fut entrée, il lui sembla qu'elle allait défaillir sous l'influence incroyable des délices qui l'inondaient et elle dit au Seigneur : Mon Seigneur, quand vous n'auriez introduit mon esprit qu'en une place que vos pieds auraient foulée, ce serait bien assez pour moi ; mais que puis-je essayer pour répondre à la faveur étonnante que vous m'accordez en ce moment ? Le Seigneur répondit : Puisque tu cherches habituellement à m'offrir la partie la plus noble de ton être, c'est-à-dire ton cœur, j'ai jugé que, pour te faire plaisir, je devais t'offrir aussi le mien ; car je suis le Dieu qui se fait pour toi tout en toute choses : vertu, vie, science, nourriture, vêtement, en un mot tout ce qu'une âme aimante peut désirer. Elle dit alors : Si mon cœur s'est mis en quelque point d'accord avec vous, Seigneur, c'était encore votre don. Le Seigneur repris : Il est de ma nature qu'ayant prévenu une âme des bénédictions de la douceur, je continue à lui prodiguer les bénédictions de la rémunération ; et si elle se prête au bon plaisir de mon Cœur, il devient nécessaire que je me conforme aux désirs du sien. »
Sainte Gertrude, Le Héraut de l'Amour divin.


19 JUIN


Comme elle était, selon sa coutume, toute entière à sa prière, le disciple que Jésus aimait si bien, et qui pour cela doit être aimé de tous, lui apparut… Celle-ci lui dit : "Et quelle grâce pourrai-je obtenir, moi chétive, en ce jour de votre fête ?" Il répondit : "Viens avec moi ; tu es l'élue de mon Seigneur ; reposons ensemble sur sa poitrine dans laquelle sont cachés tous les trésors de toute béatitude !"
Et, la prenant avec lui, il la conduisit auprès de notre tendre Sauveur, la plaça à droite et se retira pour se placer à gauche. Et comme ils reposaient ainsi tous deux avec suavité sur la poitrine du Seigneur Jésus, le bienheureux Jean, touchant du doigt avec une respectueuse tendresse la poitrine du Seigneur, dit : "Voici le Saint des saints qui attire à soi tout le bien du ciel et de la terre"… Et il ajouta : "Je t'ai placée à l'ouverture du Cœur divin, afin que tu puisses en tirer aisément la douceur et la consolation que, dans son bouillonnement perpétuel, l'amour divin répand avec impétuosité sur tous ceux qui le désirent".
Comme elle éprouvait une jouissance ineffable aux pulsations très saintes qui faisaient battre le Cœur divin sans interruption, elle dit à saint Jean : "Est-ce que vous n'avez pas, bien-aimé de Dieu, senti le charme de ces suaves pulsations, qui ont pour moi, en ce moment, tant de douceur, lorsque vous reposiez, à la Cène, sur cette poitrine bénie ?" Il répondit : "J'avoue que je l'ai senti et ressenti et la suavité en a pénétré mon âme, ainsi que le doux hydromel imprègne de sa douceur une bouchée de pain frais ; de plus, mon âme en a été aussi échauffée que le devient une chaudière bouillante au-dessus d'un feu ardent". Elle reprit : "Pourquoi donc avez-vous gardé là-dessus un silence si absolu que vous n'avez jamais rien écrit, si peu que ce fut, qui le donnât à entendre, au moins pour le profit de nos âmes ?" Il répondit : "Ma mission était de présenter à l'Eglise, dans son premier âge, sur le Verbe incréé de Dieu le Père, une simple parole qui suffirait jusqu'à la fin du monde à satisfaire l'intelligence de la race humaine toute entière, sans toutefois que personne parvint jamais à la pleinement comprendre. Mais de dire la suavité de ces pulsations a été réservé pour les temps actuels afin que, en entendant ces choses, se réchauffe le monde vieillissant dont l'amour s'alanguit". »
Sainte Gertrude, Le Héraut de l'Amour divin.

« Jésus, ma douce espérance ! que votre divin Cœur, déjà déchiré par amour pour moi et ouvert pour tous les pécheurs, soit l'asile assuré de mon âme ! »
Sainte Gertrude, Insinuations, Livre II, chap. V.


20 JUIN
Jean Tauler

« Il nous a ouvert lui-même son Cœur, la retraite la plus sainte, afin d'y introduire notre âme, son épouse de prédilection. Car sa joie est d'être parmi nous et de reposer au milieu de nous dans le silence et la paix. Il nous a donné son Cœur blessé pour que nous puissions y établir notre demeure, jusqu'à ce que nous soyons purs et sans tache, jusqu'à ce que nous soyons conformes à son Cœur, dignes et prêts d'être introduits avec lui dans le Cœur divin du Père. Il nous a donné son Cœur sans réserve, pour qu'il nous soit une demeure. En échange il demande notre cœur, pour y établir sa demeure. Son Cœur doit être le lieu de notre repos ; il est orné de roses sanglantes, les roses de l'amour ; en échange il demande que nous ornions notre cœur des lys immaculés des œuvres pures. »
Jean Tauler, in K. Richstätter, Die Herz-Jesu-Verehrung des deutschen Mittelalters, Munich-Ratisbonne, 1924.

« Nous devons frapper à ce Cœur ouvert et tout rempli d'amour, nous devons frapper au côté ouvert du Seigneur. Nous devons y chercher refuge, en toute piété, dans la conscience de notre profonde pauvreté et de notre néant, comme le pauvre Lazare assis devant la porte de l'Homme riche demandait une miette de sa miséricorde. »
Jean Tauler, Sermon.

21 JUIN


Ignace de Loyola

« Prière à Jésus-Christ, par laquelle saint Ignace conseille de terminer la plupart des colloques :
Ame très-sainte de Jésus-Christ, sanctifiez-moi.
Très-sacré corps de Jésus-Christ, sauvez-moi.
Très-précieux sang de Jésus-Christ, enivrez-moi.
Eau très-pure qui sortîtes du côté de Jésus, lavez-moi.
Sueur pleine de vertu qui coulâtes du sacré visage de Jésus-Christ, guérissez-moi.
Passion de Jésus-Christ, qui marquez si bien tout son amour, fortifiez-moi.
O Jésus ! bon Jésus, gardez-moi.
Cachez-moi dans vos plaies.
Ne permettez pas que je sois jamais séparé de vous.
Défendez-moi des pièges de l'ennemi qui veut me perdre.
Ordonnez que j'aille à vous.
Placez-moi auprès de vous,
Afin que je vous loue avec vos saints anges dans les siècles des siècles.
Ainsi soit-il. »
Prière Anima Christi in Exercices spirituels de saint Ignace, traduits en français par M. l'Abbé Clément, Avignon, A. Chambeau Fils, 1825.

22 JUIN

Pierre Canisius

« J'étais à genoux… quand, par un nouveau bienfait, vous m'avez envoyé (mon Dieu !) un ange pour m'instruire et m'aider dans la vie plus parfaite du religieux profès. Accompagné de cet esprit bienheureux, je m'avançais vers l'autel, je tombais à genoux et je connus quelle était la mission de cet autre ange gardien. Mon âme difforme, impure et faible, souillée par le vice et les passions, était gisante à terre. L'ange, tourné vers le trône de la divine Majesté, dévoilait l'étendue de mes misères et la multitude de mes fautes, pour me faire comprendre toute mon indignité ; il semblait dire : Voyez comme il sera difficile de le conduire dans une voie si haute !
Mais alors, ô mon divin Rédempteur ! vous m'avez entr'ouvert votre Cœur adorable et vous m'avez permis d'y plonger mon regard ; vous m'avez invité à puiser en vous les eaux du salut, ordonné de boire à vos fontaines sacrées. Comme je désirais avec ardeur être inondé des flots d'amour, d'espérance et de foi que j'en voyais jaillir ! Quelle soif de pauvreté, de chasteté, d'obéissance ! Je vous suppliais de me purifier, de me revêtir d'innocence comme au baptême. Enfin, approchant mes lèvres brûlantes de votre Cœur très doux, j'osai me désaltérer à cette source divine ; et vous me promettiez, Seigneur, pour couvrir la nudité de mon âme, un vêtement céleste, composé de trois étoffes les mieux adaptées à la profession : la paix, la charité, la constance. Orné de ce vêtement de salut, j'avais pleine confiance que rien ne me manquerait plus, et que tout me réussirait pour votre gloire.
La messe des vœux fut célébrée, en présence de tous nos frères, par le premier général de notre Compagnie, votre fidèle serviteur Ignace.»
Pierre Canisius, Mémorial ( in Le Bienheureux Canisius, ou l'apôtre de l'Allemagne au seizième siècle, Paris, Douniol, 1865).


23 JUIN


François de Sales

« Dieu m'a donné cette nuit la pensée que notre maison de la Visitation est par sa grâce assez noble et assez considérable pour avoir ses armes, son blason, sa devise et son cri d'armes. J'ai donc pensé, ma chère Mère, si vous en êtes d'accord, qu'il nous faut prendre pour armes un unique cœur percé de deux flèches, enfermé dans une couronne d'épines, ce pauvre cœur servant d'enclavure à une croix qui le surmontera, et sera gravé des sacrés noms de Jésus et de Marie. Ma fille, je vous dirai, à notre première entrevue, mille petites pensées qui me sont venues à ce sujet ; car vraiment notre petite congrégation est un ouvrage du Cœur de Jésus et de Marie. Le Sauveur mourant nous a enfantés par l'ouverture de son Sacré Cœur, il est donc bien juste que notre cœur demeure, par une soigneuse mortification, toujours environné de la couronne d'épines qui demeurera sur la tête de notre Chef, tandis que l'amour le tient attaché sur le trône de ses mortelles douleurs. »
Saint François de Sales, Lettre à sainte Jeanne de Chantal, 10 juin 1611.

« O ma fille ! si vous regardez ce Cœur, il est impossible qu'il ne vous plaise pas ; car c'est un Cœur si doux, si suave, si condescendant, si amoureux des chétives créatures, pourvu qu'elles reconnaissent leurs misères, si gracieux envers les misérables, si bon envers les pénitents ! Eh ! qui n'aimerait ce Cœur royal, si paternellement maternel envers nous ? »
Saint François de Sales, Lettre à une religieuse, 18 février 1618.

24 JUIN

Pierre de Bérulle

« Fils de Dieu, traitant avec une femme surprise en adultère, montre la pitié et la douceur de son Cœur… Suivons cette douceur et débonnaireté de Notre-Seigneur envers l'humble et dévote Magdeleine… Elle est collée et attachée à Jésus en sa croix ; et ce sang ruisselant de Jésus est le ciment qui joint le Cœur de Jésus et de Magdeleine ensemble. Et Magdeleine est attachée à la croix de Jésus par des clous plus forts que ceux dont les Juifs y ont attaché son Sauveur et son Amour… Et Magdeleine ne parle point à Jésus, comme Jésus ne parle point à Magdeleine. Elle ne lui parle point en vérité, mais son cœur parle et parle le langage d'amour qui est le langage du cœur… Et le Cœur de Jésus parle à Magdeleine et pour Magdeleine au Père éternel... Vous vivez en la terre (ô Magdeleine) de la vie de Jésus, comme les saints vivent au ciel de la vie de Dieu même. Là vous porterez l'impression et l'opération de son Cœur dans votre cœur, de son Esprit dans votre esprit, de sa vie dans votre vie. »
Pierre de Bérulle, in Abbé Levesque, L'Origine du Culte du Sacré-Cœur de Jésus, Avignon, Maison Aubanel, 1930.

25 JUIN


François de Sales.

« Oui, Théotime, l'amour divin assis sur le Cœur du Sauveur, comme son trône royal, regarde par la fente de son côté percé tous les cœurs des enfants des hommes : car ce Cœur étant le roi des cœurs, tient toujours ses yeux sur les cœurs. […] Oh ! si nous oyons ce divin Cœur, comme il chante, d'une voix d'infinie douceur, le cantique de louange à la divinité ! Quelle joie, Théotime, quels efforts de nos cœurs pour se lancer au ciel, afin de le toujours ouïr ! Il nous y invite, certes, ce cher Ami de nos âmes… Viens, dit-il, ma bien-aimée toute chère, et pour me voir plus clairement, viens ès mêmes fenêtres par lesquelles je te regarde. Viens considérer mon Cœur en la caverne de l'ouverture de mon flanc, qui fut faite lorsque mon corps comme une maison réduite en masure fut si piteusement démoli sur l'arbre de la Croix. »
François de Sales, Traité de l'Amour de Dieu, Livre V, ch. XI.

26 JUIN

Père Joseph du Tremblay
« Cœur de Jésus-Christ contient en soi la plénitude de toutes les grâces et trésors du Père. C'est de son Cœur et de son amour, dont le cœur est le symbole, que tout notre bien procède. (V° Exhortation sur les Cinq Plaies, ms. IX)
Voilà une bonne âme qui se met sur le Calvaire au pied de la croix. Elle voit comme Notre-Seigneur l'attend, lui ouvrant ses bras et son Cœur. Il lui dit : Voici que je t'attends, ne crois pas que je me sois enfui pour tes ingratitudes, je suis encore tout prêt à te recevoir. Tu crois que je suis ton Dieu et Sauveur, que je suis mort pour toi ; opère selon cette croyance et l'exemple que je t'ai montré. Tu crois que je suis mort et ressuscité pour l'amour de toi ; il faut aussi que tu meures et ressuscites pour mon amour. Porte la main dans mon Cœur, que j'ai ouvert, afin que tu puisses y entrer. (III° Exhortation sur les Cinq Plaies, ms. IX)
L'âme doit ouvrir son cœur pour recevoir en soi le Cœur du Fils de Dieu, le priant qu'il lui plaise s'écouler et se verser en elle, ou bien recevoir son cœur en son Cœur, afin que désormais il soit l'Esprit de son esprit, l'âme de sa vie, le centre et le cœur de toutes ses pensées et affections. (VII° Exhortation sur les Cinq Plaies, ms. IX)
Au Calvaire, nous voyons son corps tout à découvert, l'agneau occis y est brûlé dans le feu de son amour et sert de nourriture aux âmes pour les fortifier en la vie nouvelle qui s'acquiert par la mort. Il est vrai que l'on n'y mange pas son corps d'une façon sanglante, mais l'on s'y repaît de son Cœur, de manière que le banquet du Calvaire est le Cœur ouvert du Fils de Dieu ; c'est son amour et sa volonté qu'il nous donne pour nous soutenir et sustenter ; c'est ce dont il veut que nous nous repaissions, comme les aigles qui ne se nourrissent que des cœurs. Ainsi faut-il qu'en la communion nous ayons ce dessein principal de manger ce Cœur du Fils de Dieu, et d'être faits une même chose avec lui par l'union et transformation de notre volonté en la sienne […] Si vous ne mangez ce Cœur, si vous ne transformez votre amour, votre volonté dans celle du Fils de Dieu, dont le Cœur est le symbole, vous n'accomplirez pas les desseins qu'il a en se donnant à vous, vous ne tirerez pas de profit de la communion et le banquet de Sion ne vous servira de rien, si vous ne venez à celui du Calvaire. 1° Exhortation sur le Saint-Sacrement, ms. III) »
Père Joseph du Tremblay, in Abbé Louis Dedouvres, Un Précurseur de la B. Marguerite-Marie : Le Père Joseph et le Sacré-Cœur, Angers, Germain et G. Grassin, 1899.

27 JUIN

Jeanne de Chantal

« Considérez que, non seulement notre doux Sauveur nous montra son amour par toute l'œuvre de la Rédemption, avec tous les chrétiens, mais qu'il nous oblige spécialement, nous autres de la Visitation, par le don et faveur qu'il a faits à notre ordre et à chacune de nous en particulier de son Cœur, ou, pour mieux dire, des vertus qui y résident, puisqu'il a fondé notre très aimable institut sur ces deux principes : Apprenez de moi que je suis doux et humble de cœur… C'est le partage qui nous est échu de tous ses trésors, ayant donné aux autres ordres, à l'un l'éminence de l'oraison, à l'autre la solitude, à l'autre l'austérité, mais à nous ce qu'il estimait sans doute le plus cher, puisque son précieux Cœur en est le dépositaire ; que nous pouvons avoir cette satisfaction, si nous apprenons et pratiquons bien la leçon que cet amoureux Sauveur nous donne, que nous aurons l'honneur de porter le titre de Filles du Cœur de Jésus.»
Sainte Jeanne de Chantal, Exercices spirituels pour les dix jours de solitude, Méditation VIII : De l'amour que Jésus nous porte, 4° Considération. La Mère Hélène-Angélique L'Huillier serait le véritable auteur de cet ouvrage, attribué à Jeanne de Chantal.


28 JUIN

Jean-Baptiste Noulleau
… La seconde expression de la religion chrétienne, c'est qu'elle consiste toute dans l'adoration de Dieu selon l'Esprit de Jésus-Christ et dans l'amour de Dieu selon le Cœur de Jésus-Christ, qui est la vraie adoration de tous les chrétiens en esprit et en vérité… Car quel moyen d'adorer Dieu comme il veut être adoré, que de le faire dans l'Esprit de Jésus-Christ ? Et quel moyen de l'aimer en vérité, comme il mérite d'être aimé, que de le faire, pour ainsi dire, avec le Cœur même de Jésus-Christ, qui est à nous et que nous pouvons nous approprier à cette grande fin, quand nous voulons, aussi bien que toute sa Personne, pour adorer en cet Esprit et en ce Cœur, qui sont plus à nous que nous-mêmes ? »
« Jésus-Christ, j'adore votre Cœur comme le Cœur du pur amour de Dieu. J'adore en vous, ô Jésus mon Seigneur, tout l'amour que vous avez pour Dieu. Je l'aime dans votre Cœur comme je l'aimerais dans le mien… O Cœur de Jésus-Christ, aimez Dieu pour nous comme vous l'aimez. Satisfaites, en la place de tous les hommes, à l'amour que tous les hommes lui doivent. Suppléez même pour eux à tous les défauts de l'amour que, lui devant, ils ne lui rendent pas. Que je suis et que je serai éternellement ravi de voir en vous un Cœur qui contente le Cœur de Dieu ! »
Jean-Baptiste Noulleau, L'Esprit du christianisme, in Abbé Levesque, L'Origine du Culte du Sacré-Cœur de Jésus, Avignon, Maison Aubanel, 1930.

29 JUIN
Marie de l'Incarnation


« C'est par le Cœur de mon Jésus, ma Voie, ma Vérité et ma Vie que je m'approche de vous, ô Père éternel.
Par ce divin Cœur, je vous adore pour tous ceux qui ne vous adorent pas, je vous aime pour tous ceux qui ne vous aiment pas, je vous reconnais pour tous les aveugles volontaires qui par mépris ne vous connaissent pas.
Je veux par ce divin Cœur satisfaire au devoir de tous les mortels. Je fais en esprit le tour du monde pour y chercher toutes les âmes rachetées du Sang précieux de mon Sauveur. Je les embrasse pour vous les présenter par lui, et par lui, je vous demande leur conversion.
Sur cet adorable Cœur, je vous présente tous les ouvriers de l'Evangile, afin que par ses mérites vous les remplissiez de l'Esprit-Saint.
O Verbe Incarné, Jésus mon Bien-Aimé, vous savez tout ce que je veux dire à votre Père par votre divin Cœur. Je vous le dis en le lui disant, parce que vous êtes dans votre Père et que votre Père est en vous. Faites donc que tout cela s'accomplisse et joignez-vous à moi pour fléchir par votre Cœur celui de votre Père. Faites, selon votre parole, que comme vous êtes une même chose avec lui, toutes les âmes que je vous présente soient aussi une même chose avec lui et avec vous. »
Marie de l'Incarnation, Lettre CLIII à son fils dom Claude Martin (16 sept.1661).

30 JUIN
saint Jean Eudes

« [Le Seigneur] lui fit donc paraître son Cœur comme une vaste et immense fournaise d'amour dans laquelle Il l'enferma les jours et les nuits, durant l'espace de trois semaines ou d'un mois. Là elle puisa tant de grâces dans leur source et parvint à une telle sainteté que ses progrès parurent plus grands en un seul jour qu'ils n'avaient été auparavant en des années entières… Toutefois parmi tant de richesses et de bonheur, elle vit que ce divin Cœur avait été noyé dans les abîmes profonds de douleur et d'amertume ; qu'il avait été abattu et languissant de tristesse, à cause des péchés des hommes. Mais nonobstant, elle connut en ce Cœur très bénin un si adorable transport pour ceux qui lui avaient causé tant de maux, que cela ne peut pas exprimer. »
Œuvres de saint Jean Eudes, VIII, pp. 300-302.